Jean Jaurès - La Convention I

IIISTOll\P, sor.1A LISTE mes le premier Ernpire de l'Europe, qui pose ,mr des tôles allemandes la splendeur de ses couronnes royales, cl pourtant, lois que nous sommes, voilà des siècles que nous sommes une énigme politique, un imbroglio constitutionnel, une proie pour nos voisins cl un sujet de dérision, divisés entre nous et sans force par nos discordes, assez puissants 1,our nous faire du mal, ilnpuissanls ù nous sauver, insensibles ù l'honneur de notre nom, inùifîércnts à la dignité des lois, jaloux de notre souverain et nous déftant les uns des autres, un peuple grand el aussi méprisé qu'il est grand, un peuple qui pourrnH èlre heureux et qui est le plus déplorable des p,'uples. » Et d'où vient ce chaos d'impuissance où Lous les germes heureux s'étiolent et avortent'/ D'où vient celle sorte d'incapacité fondamentale d'agir, de s'organiser, de vivre, celle essentielle « misère • allemande'? Mœscr répond nêtlemcnt que ce qui fait défaut il l'Allemagne, c'est une bourgeoisie, une clas~c moyenne, ou comme il dit lui-même en insérant le mot français dans sa prose allemande « un Liers état ». • JI nous manque cette puissance intermédiaire el médiatrice que ~lontesquieu considère comme le soutien d'une bonne monarchie el comme le sel qui la préserve de la décomposition du despotisme : le tiers ,'tat (der drille stand), lei qu'il existait en France au temps des bons rois peu passionnés pour les conquêtes; la Chambre basse qui si souvent en Angleterre maintient l'équilibre entre le roi el la cour des pairs; le conseil des Etals, qui, en llolla11dc,était placé entre le slalhalter héréditaire cl les Étals généraux. Il nous manque en un mot un pouvoir prenant subitement parti contre un Empereur qui laisserait percer des vues despotiques, qui méconnallrail ou attaquerail ouvertement le,; libertés des Etals de l'Empire, qui jouerait avec les lois el les éveillerait ou les endormirait aux caprices de sa faveur; mais au eonlraire soutenant d'une fidélité sérieuse et efficace la puissance légale, la juridiction légale de !'Empereur si elle était outragée ou paralysée ... , s'occupant avec impartialité des choses religieuses el mettant il nu les intrigues poliliqurs qui s'y dissimulent, et, pour tout dire d'un mot, mellant en action l'antique formule de l'Empire: « de minoribus rebus principes co11<1dtantd, e majotibus omnes ». « Les choses de petite importance sont ù la discrétion des princes; celles de grande imporla11cc son l à la décision de tous. » El ~Iœser s·exaltc orgueilleusement à la pensée de la puissance u11iverselle qu'aurait conquise l'Allemagne si un Liers état sage, vigoureux cl hardi avait concilié et équilibré les élément; hostiles, donné ù loul le peuple l'unio11 et l'élan. Si la bourgeoisie industrielle et marchande qui avait fait déjit de quelques grandes cités des foyers de richesse el de gloire rayonnant au loin sur le monde, avait pu étendre son action sur toute l'Allemagne, si elle n·avail pas été abattue et abaissée par les princes, si la lutte cngai;ée entre la puissance territoriale de ceux-ci et la puissance industrielle cl commerciale de la bourgeobie avail tourné à la victoire de celle-ci el non point il sa défaite, ce n'est

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