Jean Jaurès - La Convention I

HISTOIRE SOCl.\l,ISTf> n'est qut' grossier, cynique el ,il dans son Hl'J' numéro (décembre lilJ~I. ,,vec une pointe de verve populaire el de gaieté; mais comment aurions-nou, tout le grondement de Paris si nous nr laissions pas celle voix ordurière el cra• puleuse, mais puis,anle parfois, refaire entendre? • Je dis donc, roulre, que Coro llolanù, ou le roi l\oland, ,ion YCnl,se dédommage calémcnt des anciens carômes qu'il a faits, et il faul à c,• sujet que je raconte ccrt..1ineaventure très véridique qui pourra rormer un jour un bon chapitre de l'histoire du ,·ertueu" l\oland. « Jl y a quelques jours, foutre, une demi-douzaine de ,an,-culolles, que je ne craindrai pas de nommer: Grenard, administrateur du département; Moulinel Duplex, membre de la Commune; Poussin el Auger, comn:h-saires de la section de la République, vint en députation chez ce vieu, loudu; malheureusement c'était le moment de la boulfaillc. - • Que fouloir-fous?• leur • dit le suisse en les arr~t..1nl à la porte. - • i'IOusvoulons parler au vertueux • lloland. " - « L',tre point ici de t·irtuettx, • répliqua le gros portier, bien gras el bien tondu, en allongeant la pall? ni plus ni moins qo'un ci-devant procureur de la Normandie. - « Cc n'est pas à nous à la graisser, • lui dit l'ami Grenard; « nous devons passer franc-., comme des capucins, car nous sommes envoyés par les sans-culolles. • • A cê mol, le suisse rentre dans sa loge comme un colimaçon dans sa coquille aussitôt qu'il a montré ses cornes. !'los rnns-culolles enfilent le corridor et arri\'enl dans l'antichambre du vertueu, Roland. Ils ne peuvent ,e faire jour à travers de la valetaille dont il ôtait rempli. Vingt cuisini<!l'Schargés des plus fines friaudbes criaient à lue-lêle : • Gare, gare; ouvrez le pas- • sage, ce sont les entrées du vertucu, Roland•; d'autres: • les hors-d'œuHe • du vertueux Roland•; d'autres : « les rôlis du vertueux Holand •; d'autres: • IP,Sentremet, du vertueux Roland. • - • Que rnulcz-vous'I • dit le valet de chambre du ,·erlueux Roland Il la députation. - • Nous voulons parler au « ,·ertueu., Ilol,md. - li n'est pas visible maintenant. - Dites-lui qu'il doit • toujours l'être pour le, magislrals du peuple. • • Le valet rn rendre le propos tout frais au vertueux Roland, qui ,ient en rechignant, la gueule pleine et la serviette sur le bras. - « La Répuulique « est stlrement en danger, dit-il, pour me faire ainsi quiller mon diner, elc. • Roland conduit mes bougres dans son cabinet; d'abord par la salle à manger, où il y avait plus de trente piqueurs d'assiette. Au haut bout et ù la droite du ,·ertueux Roland était placé Bussalier; Il la gauche, le dénonciateur de Hobespierre, le pelit foutriquet de Louvet qui, avec sa figure de papier mAché el ,es yeux creux, lançait des regards de convoitise Il la femme du vertueux Roland; Barbaroux, etc. • Dans ce brouhaha, le dessert est bousculé; les commissaires reparlent pour « rendre compte de leur démarche au département, el surtout du copieux dtner du vertueux Roland •·

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