Jean Jaurès - La Convention I

421 HISTOIRE SOCIALISTE l'intention de produire des effets qui, puisqu'il faut le dire, n'étaient pas ceux qu'un homme ,l'État deuail avoir en vue. Après avoir retracé tout au long le tahleau de, ob,tacles que les lois rencontrent à Paris dans leur exécution, les abu~ d'unr administration illégale el anarchique, les torts de quelques hommes el lrs crimes de plusieurs, 111. Roland a cru devoir dénoncer des complots qui, sïls rxislaient réellement, feraient désespérer de l'établissement des loi, et de toute liberté en France. Comment se prèler à l'idée de voir renou,eler les crimes des 2 el 3 septembre? Comment croire qu'il existe réellement un complot de faire égorger des citoyens qui, à tous égards, ont bien sen i la patrie, et dont la vie est liée, jusqu'à un certain point, à la destinée de l'État? Comment croire enfin à l'existence d'un complot aussi insensé qu'odieux? 011a cité à l'appui la lettre d'un juge du tribunal. Mais cette trttrr contient-elle des inductions de preuves? Pourquoi, dans ce cas, ne pas en suivre la trace devant les tribunaux? Comment ne pas prévoir que de pareilles dénonciations adressées à la Conventio11mime y jetteraifmt des ferments de trouble toujours funestes au bien public, y ranimeraient des haines et despréventions, que pour l'intérêt de la patrie, si ce n'est pour celui de la gloire, on devrait chercher à étouffe,•? C,·oit-on que le peuple pourra voir d'un œil froid le temps des délibérations employé à des débats qui n'ont aucun rapport avec ses inttréts et avec les devoirs de ses représentants? Celui qui les provoque n'est-il pas coupable, en supposant même que les craintes qui paraissP11tl'agiter ne soient pas chimériques? Vouloir sans cesse occuper le public dPsoi, n'est-ce pas vouloir se rendre à tout prix tm personnage important? Et cette prétention n'a-t-elle pas son danger dans les ,·épubliques, surtout quand elle s'environne avec tm appareil de certaines formes austères, et qu'entre le parti q11'011attaque et celui qu'on soutient, on ne suppose d'autre intervalle que celui qui existe entre la scélératesseet la probité, entre le crime et la vertu? • ... Le rapport de M. Roland semblait avoir pris assez de temps à l'Assemblée et peut-étre à la chose publique. On aurait pu s'apercevoir qu'il avait assez envenimé les plaies, que les préventions, les haines, les craintes ont laissées après la journée du 10; mais Louvet avait demandé la parole pour accuser Robespierre; et comme il est bien difftcile que tout ce qui émeut les passions n'attire pas l'allention des hommes rassemblés, parce que lelle est la nalure de l'homme, l'orateur a pu se livrer à tous les ressentiments (la plupart bien Justes d'ailleurs) dont son ame était pénétrée. • On ne dira rien aujourd'hui de ce discours, sinon qu'il a paru préparé de manière à laisser des impressions malheureusement trop durables dans l'es• prit d'un grand nombre d'auditeurs, cl à faire déplorer aux autres les funestes effets des pa~sions particulières. Ce n'est pas de tout cela dont la cho,e pu• blique a be,oin. • Condorcet, hier encore pourtant rami de la Gironde, est révolté dans son

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