Jean Jaurès - La Convention I

HISTOIRE SOCIALISTE A l'Assemblée con:;til11anleil soufîril de n'être pa, au premier plan: "On ne peut pas me reprocher ,l'av,,ir porlé envie à la gloire que mes collrgues des communes se ,onl acqubc clans celle assemblée. Si j'avais eu la volonté de mériler une répulalion brillante, je n'avais qu'à suivre la marche facile el simple que je m'élais ouverte it \'er,ailles clans le, premiers jours de la n,\_ volution rrançaisc: cependant je me condamnai prompte ment au silence, il esl inutile d'en e,pliquer ici la raison. " Je ne sais point le sens de ces paroles my,térieu e~. Buzot qui dè, la Consliluante connaissait ~tm• Roland en fut-il dès lors amonreux? Souffril-il clans son amour de la place plus grande que Lanthenas et Bancal parais,aiPnl tenir alors dans lecœur de la femme aimée? Mais il lui resta ùe ce silence, de cette inaclion prolongée, de cette rechule dans l'obscurité après quelques heures d'éclat, l'amertume secrète des hommes qui croient n'al'oir p~, rempli leur destinée et donné leur mesure. li arrivait donc à la Convention avec un cœur impatient et troublé, qui del'ait riour ainsi dire, déformer toutes cho,es. A peine rclrouva-t-il ~[m• Holand, à peine conçut-il sans doute je ne sais quel espoir d'en être aimé, son inquiétude d'amour el son inquiélude de gloire se confondirent. A servir les haines et les passions de )[m•Roland, il soulageail l'orgueil amer de son propre cœur el il entrait dans les sympathies de la femme aimée. )lais quelle âpreté soudaine! quel langage provocateur! quel étalage du moi ! « li faut que nous connaissions au vrai la situation de Paris, et 101:,que mes frères vonl sur les frontières dél'endre 1\1patrie, il faut que je sache quel esl le terrain mobile sur lequel je suis; il taut qu'un comilé vous propose une loi contre ces hommes inl'âmes qui, par des haines el des vengeances pal'liculières, pourraient me poignarder, moi, en trompanl ce même peuple dont ma voix doit être écoulée, car je suis le même qu·en 1701. • Toute la Gironde a, dès lors, l'hallucination du poignard. Tandis que le jeune Le Bas, avec son esprit calme el son àme sobre, conslate que Paris est tranquille, Buzot perdant tout sang-froid se crée à lui-même, al'ec une violence où je sens le faclice et le parti pris, des fantômes d'horreur et de terreur. JI di( dans ses Mémoires: • Je cédai donc, je partis pour la Convention ; mais je délibérai bienlôt si je ne reprendrais pas le chemin de mon paisible ermitage, tanl j'éprouvai d'horreur au spectacle hideux de la ville de Paris et de la Convention. » Quels étaient donc ces speclacles hideux? Il n'y a, en tout cela, que la rhétorique violente d'une âme faible, qui s'est obslinée par ~ystême dans ses propres terreurs, pour pouvoir mépriser et coD<lamner. Et c·est rnr des impressions aussi démesurées el aussi vagues que Buzot, reprenanl la pensée da Roland, demande la création d'une garde des départements chargée de pro.- léger la Convention. • Je reviens maintenant au véritable état de la question. On a beau

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