IIISTOlHE SOCIALIS'l'E 361 peuple tout entier, c·csl la nalion tout entière que Saint-Just veut ùoter, par la concentration du pouvoir, des moyens de sauver la patrie. Ce 11·cstpas pour châtier les émeutes de$ village, a!îamé, ou pour livrer au glaive les« prédicateurs d'anarchie », c'est pour rétablir l'hahnonie et l'équilibre économiques par des lois d'ensemble que Saint-Just veut organi,cr l'unité d'action. c·e,l le bonheur du peuple qui assurera l'ordre, el cc bonheur m~mc ,era assuré non par des théories générales et vague,, empruntées à. l'c,1,érie11ceclécc- ,ante des ~uples voisins, mais par un système de lois exactement adapté aux besoin; et au génie de la France révolutionnaire. Sous leur apparence d'idéologues, les robespierrbles, mai, surtout Sainl-Jusl, ont le sens aigu de la rêali lé: « Un peuple qui n'est pas heureux n'a point de patrie; il n'aime l'ien, et si vous voulez fonder une République, vous lle,e1. \'Ous occuper de tirer le peuple d'un étal d'incertitude el de mi,ère qui le corrompt. Si vous voulez une Républicp1e, faites en sorte que le peuple ail le courage d'être vertueux; on 11·apoint r{p vertu, patriotiques san, O>'(]lleil, 011n'a point d'o,·gueil dan, la dhresse. » Admirable parole qui fait de l'universel bien-être le ressort de la liberté! « On ne peul se dissimuler que notre économie est altérée en Cè moment comme le reste, faute de lois el de justes rapports. Peraucl vous a parlé d'après Smith el 11ontesquieu. Smith et 11onlesquieu n'eurent point l'expérience t1,, ce qui se passe chez nous. Be!Îl'oy ,·ous a fait le tableau de beaucoup d'abus; ila e1\:;eignédes remèdes, maisn·a point calculé leur application. l\olanll ,ous a répété les conseil, des économistes, m~i$ cela ne suffit point ... Ceu, qui vous proposent une liberté intléfinie du comm,•rce nous disent une très grande vérité en thèse générale, mais il s'agit ,les maux d'une Révolution; il s·agil de faire une République d'un peuple épars avec les débris et les crimes de sa monarchie ... J'ose dire qu'il ne peul e,istcr un bon traité d'économie pratique. Chaque gouvemement a ses abus; el les maladies du corps social ne sont pas moins incalculables que celles du corps humain. Ce qui se passe en Angleterre, el partout ailleurs. n'a rien de commun aYcc ce qui se passe chez nous. c·esl dans la nature mème de nos affaires qu'il faut chercher nos maladies et nos remèdes. • Or, le grand péril pour la France de la Révolntion, la cause essentielle du désordre économiqutJ, c·csl la surabondance du signe, signe de métal et surlo11l signe de papier. El ici Saint-Just, dépassa:1l, par ses pressentiments, la réalité immédiate, fail un tableau admirable de la secrète et profonde perturbation qui se glisse, par l'excès d'un papier déprécié, clans toutes les relations de la vie sociale. Celle action pe1'lurbalrice s'aggra,e de den, faits. D'abord, depuis quinze ou vingt ans, depuis que la culture intensive s·c;l développée, depuis que les terres out pu se clore et que le libre parcours des bestiaux a été arrêté, la base de la vie économique de la France a été enta-
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