Jean Jaurès - La Convention I

308 IllSTOJnE SOCIALISTE n·ont que moi lié de rnlrur, et la République perd lOO 0/0. C'est pour détruire cet abus que \'olre Comité vous propose de décréler que les fermiers des biens nationaux payeront leurs baux en nature et que les graines el fourrages qui rn r,roviendronl seront employés à rapprovisionnement des armées. » L:l Convention décréta:« Les fermiers, rentiers el débiteurs des biens des émigrés, de l'ordre de :>!aile,des princes possesseurs et généralement de Lous les domaines invenùus, situés en France, ou dans les pays actuellement occupés par les armées de la République, qui, d'après leurs contrats ou baux, sont ouligés de payer en froment, méteil, seigle, avoine, foin, paille et légumes secs, l'entier montant ou partie de leurs fermages, rentes, etc., seront tenus de s'acquitter de la mème m·rnière qu'ils s'étaient obligés envers leurs bailleurs, dérogeant à cet égard il rarticle 9 de la loi du 9 septembre 1791. » Du coup les fermiers des émigrés ne pouvaient plus spéculer sur leurs grains. 11ais aussi, ces grains étaient comme retirés du commerce proprement C:itet de l'échange; c'est à des gardes-magasins militaires qu'ils devaient être remis; les produits des biens des émigrés étaient, pour ainsi dire, militarisés, réservés à l'entretien des armées; et celle sorte de séquestre d'une import.ln le quantité de blé au profit des subsistances militaires ne pouvait qu"ajouler aux tendances de hausse et tendre encore les ressorts de !"économie nationale. Ainsi, quels que fussent les mobiles des propriétaires et fermiers, qu'ils aient voulu relirer un intérêt plus élevé du capital plus grand engagé par eux dans l'achat du domaine d"Église, ou qu'ils aient élé excités à la spéculation et entrainés il la demande de hauts prix par l'exemple des premier, marchés conclus par les grands fournisseurs militaires, ou encore que, fermiers des domaines des émigrés, ils se soient réservés le plus possible en vue de l'al"enir, toujours une sorte d"appétil général de hausse se joignait à l'action des assignats el des grands achats militaires pour porter le blé et beaucoup de denrées il des prix presque violents, indice d'une situation violente el d"une tension génémle des choses el des esprits. La stabilité relative cl.esprix qui s'était affirmée dans la routine de l'ancien régime finissant était bouleversée par le renouvellement universel, par les b.usques déplacements de fortunes, par l'esprit de mouvement qui se communiquait à des forces économiques naguère immobilisées dans un sommeil d'f:glise. La riche proie de plusieurs milliards qui, avec les biens des émigrés, s'o!frait brusquement aux ambitions, aux espérances et aux calculs, surexcitait aussi les pensées de spéculation. Pour se mellre en étal d'acheter le plus possible les domaines convoités, il 1allail tirer Je plus haut parti possible des domaines déjà possédés. Une flamme de convoitise courait dans les veines de la Révolution, et les prix s'enfiévraient comme les pensées; la bourgeoisie étail brillante, et les cours des denrées, comme une sorte de thermomètre, montaient. Si l'on ajoute à toutes ces causes de hausse la concurrence que se faisaient

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