Jean Jaurès - La Convention I

202 HISTOIRE SOCIALISTE il dresse le burlget précis d·une ferme de 300 arpents à lui connue. Il peut donc êlre tenté, dans l'intérêt de sa thèse, de forcer le chiffre de la production moyenne tle la ferme. Or, il avertit que les résultats obtenus en 1792 doilent Nrc sensiblement rèduils, si l'on veut avoir la mesure à peu près e,acle des productions de la ferme : « Je "ais. dit-il, établir rélat rlu fermier sur la récolte la moins avantageuse en quanlilé et en prix, et je dis qu'au lieu de 800 setiers de blé, qu'ont rapporté, en Jî02, les 100 arpents semés de ce grain, la même quanlilé ct·arpeots ne rapportera, en 1 ï03, que îOOsetiers ... Au lieu de 4:50setiers d'avoine qu·ont rapporté,, en 1î92, les 100 arpents semés de ce grain, je les réduis, pour l'année 1î03, il 400 setiers de 24 boisseaux, mesure de Paris. • ..\insi Lccointre, au moment même où il cherche à donner l'idée la plus haute po;siblc des revenus des fermiers, n'ose pas prendre pour type la récolte de 1î92; il lui fait subir une réduction cfun huitième 1 ourle blé, d'un neuvii·me pour l'avoine. Et il se récrie contre les " profils excessm, honteux, intoh1rables » qui se font « dans l'état actuel des choses» qu~nd on « porte la récûlte sur le pied de iî02, où la moisson a été al1011rlantedans lous les départements agricoles •; car, ajoute-il, « nous avons la consolation de savoir que ce n'est pas la disette des grains fJllÎ a occasionné leur extrème chei'lé, mais la méchanceté de quelques hommes ». Je ne retiens pa; les explications de Lecointre, mais seulement le fait affirmé par lui avec tant de précision. Et il donne couleur et vie à son affirmation en déroulant, sous nos yeux, les vastes plaines toutes chargées encore de leur fécondilé d'hier. « Ouvrez les yeux, citoyens mes collègues, et portez vos regards sur la surface de cet empire. Dru11 lrs départemenLs agricoles, à 40 lieues aux environs de Paris, les plaines son/ enco1·egarnies de leurs rne11les;les cours des gros agriculteurs on/ encore enL,i-res celles qu'uM ample moisson leur a prQrnrées l'anni'e dernière; quelffues-uns mème en ont de deux années. E11LrezdaitS les granges, beaucoup sont encore pleines, les greniers de l'acta• pa,·ew· sont remplis. » El comme si aucun doute n'était possible sur le fond même des choses, Lecointre s'écrie : • Et vous, législateurs, vous r!testémoins de celle abondance; e~ insensibles au, cris des malheureu,, vous voyez de sang-froid qu'une denrée qui devrait, au plus, valoir 30 livres le setier pesant 240 livres, est portée à 50 et 55 livres, et les autres grains en proportion. » Ainsi, dans l'été fécond de iî02, la générosité de la terre avait répondu à la générosilé de la Révolution. Et sous le soleil du Dix Aotll, l'éclair de la faucille avait couché de larges moi,sons. ~on, il n'y a pas disette profonde; el ce n'est pas au bord d'un abime de misère et de désespoir que la République va

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