Jean Jaurès - La Convention I

20-i JII:5l'OlllE SOCI.\.LISTE cl de prudence, mais a,ez-vous bien connu la cause de ces troubles? La chute de nos manufactures, 30.000 ouvriers sans travail, la cherté excessive du pain et la crainte, malheureusement trop fondée, d'en manquer absolument, voilà cc qui a donné lieu aux scènes d'horreur dont notre ville a été le théûtre. Hélas I c'est à regret que nous le prononçons, par quelle fatalité les Prançais, si unis pour la cause de la liberté, ferment-ils inhumainement les barrières qui séparent leurs départements, quand il s'agit ùe partager leurs .ubsistances avec leurs frères? « Pères de la patrie, rendez le calme à notre ville, ramenez un peuple égaré à la loi. Trente mille indigents demandent du pain à l'Administration. Le département a fait cle vains efforts pour s'approvisionner. Si rlc prompts secours ne viennent olîrir à la classe malaisée des ressources de travail, Lyon, naguère si florissante par ses manufactures, ne présentera plus à ses habitants que le souvenir de ses richesses. , « Représentants d11peuple, pesez dans votre sagesse tous les moyens d'agitation que donnent aux perturbateurs les besoins urgents de tant d'infortunés; voyez comme les conseils les plus destructeurs de toute société peuvent être aisément accueillis par des hommes qui disent chaque jour: l • Nous ne demandons que du travail pour avoir du pain. » Le luxe n'est plus, il a laissé parloul un grand 1idc, mais Lyon surlout en a senti les effets plus que toutes les autres villes. Si les circonstances ne s'améliorent pas, législateurs, nous n'avons plus d'autre existence que celle que nous donnera l'humanité nationale. • C'esl la première cloche de détresse industrielle gui sonne depuis l'ouverture de la Révolution. \'ergniaud s'éleva contre ces plaintes : il prétendil qu'il y avait chez plusieurs patriotes une déplorable facilité à semer l'alarme, à grossir les maux du peuple, et que celle complaisance aux rumeurs sinistres faisait le jeu de l'ennemi. :\fais Chartier insista: « Tout ce que vient de dire Vergniaud n'empêchera pas que le pain vaul cinq sous la line à Lyon et que le p~uple est sans Lravail. • Pas de travail et pas de pain • paroles terribles. • Nous demandons du travail pour avoir du pain! • C'est commP.un premier essai, timide encore et résigné, de la dramatique devise lyonnaise qui s'inscrira sous Louis-Philippe aux drapeaux noirs : « Vivre en fravaillant ou mourir en combattant. » ~lais la Convention parul croire qu'il n'y avait guère, au fond de cette double réclamation : • du travail et du pain•, qu'une question de subsistances el d'approvi;ionnemenl. A vrai dire, dans la pétition milme des deux envoyés il semblait parfois que c'est le souci de l'approvisionnement qui dominait, el que, s'ils redoutaient le chômage, ils redoutaient plus encore la disette. Lehardy s'écria : • Que les citoyens riches de Lyon Cassent comme ceux de Rouen, quïls se cotisent: ils préviendront ainsi par un approvisionnement bien ordonné les besoins des citoyens indigents. » Rouen, en effet, avait paru un moment, à la fin de septembreet<n

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