Jean Jaurès - La Convention I

232 11lSTO IRE SOC TA LISTF. ruine des révolutionnaires français ..• Où donc est la Révolution à ce moment même, quand elle semble tout emporter? Je vois subsister l'ancienne chaine qui me promet l'ancienne servitude. li n'y aura pas à changer un mol à la pensée et au langage de Robespierre pour en tirer le concordat de Napoléon: dans 1792 se montre déjà 1801. • C'est, non pas de bien haut, mais de bien loin, el à travers d'étranges parus pris que Quinet voit les choses. Encore une fois, pourquoi s'obstiner à mellre en cause Robespierre seul, à un moment où il était combattu el attaqué de loules parts el ne disposait sur la Convention que d'une très faible intluence? Chose curieuse, à la Convention même, Robespierre ne dit pas un mol du projet de Cambon. C'est Danton qui le combattit. c·est Danton qui, le 30 novembre et avant même de monter à la tribune, s'écria: " On bouleversera la France par l'application trop précipitée de principes philosophiques que je chéris, mais pour lesquels le peuple, et surtout celui des campagnes, n·esl pas m0r encore. • Si ceux qui blâment la politique suivie alors par la Convention concentrent toute l'attention sur Robespierre et semblent presque ignorer le rôle décisif de Danton, c'est par.:e qu'il leur serait difficile d'imputer à celui-ci un esprit de système. lis seraient donc obligés de reconnaitre que ce sont des vues po• li tiques qui ont guidé à ce moment la Convention. Et cela contrarie leur parli pris. Quinet, fils d'une calviniste, aurait souhaité que la France révolutionnaire se ralliât au protestantisme. 'on que lui-même fùt un disciple pieux de Luther ou de Calvin. Mais i: lui paraissait que le protestantisme donne aux consciences, aux volontés individuelles une énergie dont la France a besoin pour lulter contre le catholicisme el le césarisme, contre les deux formes romaines de l'autorité. Et il pensait aussi que le pays, incapable d'aller brusquement de la tradition catholique à la libre pensée, pourrait passer par la transition protestante, le protestantisme étant une sorle de compromis entre la croyance religieuse et la liberté de l'esprit. )!ais Quinet ne voyait pas que ce rêve un peu élrange, qui fut fait aussi par Baudot, ne pouvait se réaliser que par le moyen imaginé par Robespierre. li n'y arnit aucune chance de détacher la France de la religion traditionnelle pour la faire entrer toute entière dans la religion de Luther ou de Calvin. Au contraire, l'f:glise conslitutionnelle, pénétrée peu à peu par l'esprit de la Ré· 1olulion et inclinant au déisme, pouvait aboulir en effet à une suite de , compromis, à une nouvelle l\éforme plus hardiment philosophique. Le rapprochement que fait Quinet entre le système ecclésiastique de Robespierre et le Concordat de Napoléon est tout à fait arbilraire et factice. Pour juger sainement la pensée de Robespierre, il faut supposer avec lui la victoire de la Ré1•olution, de la démocratie et de la République. Or, si la Révolution avait pleinement triomphé, si elle n'était pas tombée sous la loi du césarisme,

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