2i6 IIISTOI HE SOCIALISTE Selon le choi\ q11e l'on rail, les con,é(Jucnces peuvent diverger à l'infini; Robe,pierre, cûmme pour éviter tonte possibilil6 de divorce entre Je déisle philosophe el l'humble mnllitude chrétienne, semble rlu,ler le choix el se dèroher au problème. Déjà le vicaire savoyard de Rousseau y avait échappé, plu, quïl ne l"avait résolu, par un élan du cœur. Il a beau s'écrier enfin : • Si la vie el la mort de Socrate sont d"un sage, la vie et la mort de Jé,-ti- ,unt d"un dieu •, il appara!l bien quïl n'entend pas ce mot de dieu dans le ~ens traditionnel que lui donne l'Église; celle divinité présumée de Jésus n·~sl fondée ni sur le miracle ni sur un système surnaturel. Elle n'est, pour le cœur ardent el troublé du pauvre licaire inconnu, qu'un degré de sainteté incomparable et qui n·a point sa mesure dans la vie de !"humanité: « La ~ainleté de l'Érnngile parle à mon cœur. • \'oilit toute la démonstration dogmatique et voilà aussi, pour le prêtre que fait parler Rousseau, tout le sen~ de la divinité du Christ. De même qu'à l'autel, qu~nd il coitsacre le pain et le vin, il cesse un moment de sïnterroger sur le my,tère de la transsubstan• liation qui le déconcerte, el s'fncline comme si Dieu était l,i; de même quand il aborde la personne du Christ, il se lai~se aller, par un t•lan de ferl"eur mo• r,lle, iL confondre la sainlelti et la divinité. Il adore sans que son esprit ail conclu. Robespierre se garde de ce verlige; cl il averlit nettement qu'il neconnall d'autre dieu que celui de lï1umanilé libre. 11ais il parle du• fils de ~larie • avec une ,orle de respect équivoque; il ne veut poinl déchirer brusquement le voile de divinité sous lequel le peuple adore, sans y prendre garde, les plus hautes espérances el les plus bau tes verlus de son propre cœur. Il espère sans doute que bientôt le peuple s'apercevra de lui-même de celle confu,ion, el quïl s·afTranchira clece qui n•sle de superstition el d'erreur dans sa croyance san~ que les notions de justice el les espérances d'immortalité qui en forment le fond rn:ent compromises. Un jour, le pauvre vicaire sa,oyard, devenu prêtre conslitulionnel, se tournera vers le peuple libre el chrétien assemblé dans l'église du village; el du haut de l'autel, au moment même où il viendra de consacrer le pain et le vin il lui dira : • Amis, j'ai respecté jus{Juïci l'innocence de volre foi, bien supérieure à la subtilité des philo,ophes. ~lais je sais ma.inlenant qu·un long usage de la liberté et de la rai,on a suffisamment épuré vos idées pour que vous puissiez dt-gager les vérités e,-enlielles des symboles qui pour ,•ous les en• veloppaienl. l\on, il n·c,t pas ,rai c1u'un dieu soit matériellement présent sous les espèces du pain et du ,in; mais la préseIJce morale, en chacun de vous, de celui qui donna aux hommes un exemple incomparable de douceur el de sacrifice, est bien plus réelle, bien plus substantielle que si en effet il était caché dans ce peu de matière. Le voile du symbole _peut tomber, Celle figure sensible n'est plus nécessaire à des esprits sùrs d'eux-mêmes.
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