Jean Jaurès - La Convention I

2'i't HISTOIRE SOCIALISTE il fait rl'lomher sur lui touL le poids des dépenses du culte. Faites-y bien attention; quelle est la portion de la sor.iél6 qui est dégagée de Loule idée religiPuse? Ce sont les classes riches; cette manière de voir dans celle clas,e d'honnnes suppose chez les uns plus d'instruction, cite:; les autres seulement plus tle corruption. Qui sont ceux qui croient à la nécc•sité Ju mile? Cc sont les citoyens les plus fiibles el les moins aisés, soit parce qu'ils sont moins raisonneurs ou moins éclairés, soit aussi par une des raisons auxquelles on a attribué les progrès rapides du christianisme, savoir que la morale du fils de llarie prononce des anathèmes contre la tyrannie et contre l'impiloyahle opulence el porte des consolations à la misère el au désespoir lui-rnême. Ce sont donc les citoyens pauvres qui seront obligés de supporter les frais du culle, ou hien ils seront encore li cet égard dans la dépendance des riches ou dans celle des prêtres: ils seront i·éduits à mendier la ,·eligion comme ils mendient du trnvail et du pain; ou bien encore, réduits à lïmpui,sance de salarier les prêtres, ils seront forcés de renoncer à leur ministère, et c'est la plus funrsle des hypothèses, car c'est alors qu'ils srntiront le poids de leur misère, qui semblera leu,· ûter tous les biens, jusqu"â l'espérance; c•~st alor, quïls accuseront ceux qui les auront réduits à acheter le droit der, niJJlir ci! qu"il, regardent comme <lrs devoirs sacrés. Vous parlez de la liberté de conscience et ~e système l'anéantit; car réduire le peuple à l'impuis•ance ùe pratiquer sa religion, ou la proscrire par une loi expresse, c'est al.Jsolumc11Lla même chose. Or, nulle puissance n'a le droit de supprimer le culte établi, jusqu'à ce que le peuple m soit lui-même détrompé. ,, Peu importe que les opinions religieuses qu'il a embrassées soient des préjugés ou non; c'e,t dansso,1 sys Lème qu'il faut raisonner.• Celle conception de Robespierre est nette et grande par plus d'un côté, mais elle esl aussi bien dangereuse, et elle pourrait être funeste. Sa grandeur, c'est une sorte de tendre respect pour l'âme du peuple, pùur l'humble conscience du pauvre. Les autres révolutionnaires, notamment les orateurs, jacobins que j'ai cités tolèrent, si je puis dire, de haut, les préjugés du peuple. Ils déclarent qu'ils ne veulent point les violenter, mais au moment même où ils se résignent à les subir, ils les rudoient et les outragent. Robespierre ne consent pas à regarder de haut même les erreurs du peuple; il s'accommode à elles et semble se mettre à leur niveau. D'abord, lui-même, disciple de Jean-Jacque~, a foi dans un Dieu personnel et conscient, gouveruant le monde par sa grandeur, el dans l'immortalité de ra.me humaine; et il s'applique à retrouver sous l'enveloppe chrétienne des croyances populaires ces deux dogmes de la religion naturelle. Il se persuade qu'après tout le peuple est d'accord avec la pensée de Rousseau qui valait bien les Encyclopédistes. Qui ~ail si, du haut de ces idées, qui sont pour Robespierre les vérités dominantes, le point de vue le plus élevé sur !"univers et sur la vie, Je peuple n'aurait point le droit de regarder avec quelque dédain ceux qui atTectenl •

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