Jean Jaurès - La Convention I

236 HISTOlllE SOCIALISTE Le jrùne, le cilice, l'obéissance aveugle, la discipline, voilà la grande vertu du calholicisme. » La question est hardiment posée entre le catholicisme el la Révolulion. Mais c'c,l bien rapcfüser le problème religieux que de le réduire à un calcul d'argent. Les racines de la croyance sont plus profondes eLplus Cortes; et ce sont les dons des croyants, surpris parfois, il est vrai, par les moyens les;plus coupables, qui ont fait la richesse ùe l'É,lise. Uhe société n'éliminera la tradition chrétienne qu'en lui su!JstiluanL peu à peu, dans les consciences, un idéal plus vivant eLplus large. Il ne surfil pàs, pour abolir le culte, d'obliger les fidèles à le payer. Les Amis de la liberté de la Souterraine en ont le pressenliment, mais l'idéal religieux qu'ils proposent est assez étrange : une combinaison du déisme de Jean-Jacques avec des souvenirs antiques. « Sans cesse, le prôtre donne de l'Éternel une idée petite el mesquine; les pratiques les plus minutieuses, voilà ce qui conduit au ciel selon lui; il compte pour rien les vertus sociales, il dégrade râme, il abrulit l'esprit, il avilit rhumanilé. Nous, el bientôt, si vous le voulez, tous les Français penseront comme nous, nous ne nous représentons pas l'Éternel comme un despote oriental, nous nous en faisons une idée plus agréable el nous le croyons plutôt entouré d'un Minos, d'un Aristide et d"un Lycurgue que d'un saint Crépin, d'un saint Antoine, d'un saint François. Un bon cultivateur, un bon soldat, un citoyen vertueux, voilà les saints dont nous honorerons la mémoire. » li fallait quelque bon vouloir à" /\lanuel pour croire que ce document à peu près unique exprimait l'opinion de la majorité de la France à celle date. Basire s'emporta aux Jacobins contre celui qui al'ait communiqué à la société le projet de Cambon : « Je combats le projet du préopinanl; si je ne connaissais pas la pureté de ses intenlions, je le ,·egarderais comme un aristoc,·ate; je ne me sers point du culte catholique, mais je regarde le projet comme propre à répandre de nouveaux troubles. J'examine d'abord la question sur le point de rue de la politique; je considère cette foule nombreuse de moines el de religieuses et je me demande : comment feront-ils pour subsister? )lirabeau a dit qu'il n·y avait que trois manières de subsister: ou comme propriétaire, ou comme salarié, ou comme voleur. Mais, dit-on, ils peuvent travailler. EL à quoi travailleront-ils,? lis n'ont aucune éclucaliou qui leur donne un moyen de se procurer une subsistance nécessaire. Que le Comité apprenne donc une bonne fois à juger en politique. Quel est celui qui peul applaudir à un décret qui peut créer dans un Jour LroiscenLmille brigands? Considérons d'ailleurs que le peuple aime encore la religion; et admettre le projet du Comité, c'est ressusciter le fanatisme. Et comment persuaderez-vous à une vieille femme que l'on n'a pas aboli la religiun en abolissant les frais du culte? Dans l'état de détre;se où se trouveront les prêtres, ils trouveront des moyens faciles de tromper l'ignorance, ils représenteront les citoyens comme possédés du dé-

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