Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE 835 Ségur a d'abord Indiqué le conlraire. Depuis son refus on annonce que M. de Sainte-Croix lui sera substitué. Ce dernier passe généralement pour le plus déterminé démagogue. Tous les cabinets répugneront à cette disposition, et elle donnera lieu à des conjectures fâcheuses. Si ce choix porte sur ce système que le ministère actuel ne LienJra pas, el que ceux dont on le compose sont voués d'avance à une chute prochaine, on en conclura dans les Cours étrangères que celle de France s'abandonne au hasard des révolutions. • La reine lui répond le 25 novembre: • C'est 11. de Le,sarl (passé de l'intérieur aux affaires étrangères) qui garde le ministère des affaires étrangères. On a parlé un moment de 11. de Sainte-Croix, mals jamais Je ne l'aurais souffert. Pour ce que vous dites d'un conseil secret, je crois que sous bien des rapports cela serait bon, mais il y a bien des chose. aussi qui le rendent impos:;ible. • Et en M. de Lessart la reine témoigne un peu-après, qu'elle n'a aucune conllance. Ainsi tout esl à l'abandon: ni ministère décidémen l conslilulionnel, ni conseil secret; aucune politique assurée. Au moment môme où la Rérnlulion semble n'avoir pas confiance en la Ré\'Olulion, la royauté n'a pas couG>,1ce en ta royauté: il y a partout je ne sais quelle accepJ;ttion atone el inquiète du pro,isoire; si on n'entre pas à fond dans cesecrctde3 espt·iLspar i'analy,e minutieuse des choses, oommeot pourrait-on comprendre l'e,1raordinaire as-· cendaol que donna en quelques jours à la Gironde son audace, mêlée d'inconscience el de légèreté? Elle osail el elle élaiL la seule à oser. Du minblre de la guerre Duporlail cl du ministre de la marine Dertrand de Mole1·illeje dirai peu de chose. Duporlail avail à vaincre de grandes dilficullés; les inslituliou. militaires créées par la Constituante étaient très composites. Par exemple, c'élail le ministre de la guerre qui de,•ait rece\'oir et diriger sur In frontière les gardes nationau,; mais c'étaient les directoires des départements qui étaienl chargés de les recruter, de les équiper, de les armer. De là, des complications quotidiennes el méme des dégot1ts incessants que n'aurait pu ,·aincre qu'un défOuement hérolque à l'ordre nouveau. Or Duportail le supportait, mais ne l'aimait pas, el les moindres critiques de l'Assemblée législative le mettaient hors de lui. Ses qualités d'adminislraleur étaient ain11i frappées d'impuissance. Bertrand de Moleville était enLré au ministôre de la marine le i" octobre, le Jour même où l'Assemblée législative entrait en fonction. C'était un contre-révolutionnaire, un menteur el uo fourbe. Ses mémoires sonl pleins d'affirmations absurdes et de calomnies atroces contre les homme. de la Révolution, el même des royalistes comme Mallet-du-Pan ne purent obtenir de lui le redressement d'as:;erlions absolument fausses. Il se croyait très habile i:,arceque dans l'administralion de ce grand service de la marine, où les 61éments eontre-réYOlulionnaires abondaient, il affeclail de respecter liltt'rale111e11l laConslitulion tout en en paralysaol le succès par une sorte de lrahioon

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