Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HIS'l'OIRE SOCIALIS'l'E fripons publics que j'ai démasqués, chargé de la malédiction de tous les ennemis de la patrie ... peul-être ne tarderai-Je pas à être oublié du peuple au salut duquel je me suis immolé. • La main de Marat ne laissera point aussil0l lomher la plume: mais quelle crise profonde de découragement, et comme il sentait bien que le peuple amorti ne vibrait plus à ses appels passionnés I Le pessimisme de Camille Desmoulins est aussi profond. Lui, qui si souvent a raillé l'humeur noire de lllaral, il parle el pense e~actement, à celle date, comme Marat lui-même, el le long discours qu'il prononça, le 21 octobre, à la tribune des Jacobins, est, lui aussi, une déclaration de failli le de la Révolution. Desmoulins, avec une verve admirable, signale les contra lictions de la ConstiluUon. Il a fallu d·abord pour entrainer le peuple lui présenter tous ses droits primitifs, « les rassemùler sous un verre étroit et en olfrir à ses regards l'enivrante perspective». Ce rut la déclaration des Droits: mais celle Déclaration des Droits, elle a été ensuite comme retirée en détail par d'innombrables dispositions rétrogrades; on n'a pas osé pourtant en elfacer Lous les traits. « A ce reste de vergogne qui a retenu parfois les ministériel,, ajoutez les e~plosions du patrioli,me dans les tribunes el sur la terra$Se, qui ont donné quelques convictions à la majorité corrompue de la Législature, el l'ont forcée de dériver un peu au cours de l'opinion. De tout cela il est résulté une Constitution destructive il est vrai de sa préface, mais qui n'a pas laissé d'emprunter de celte préface tant de choses destru;:tives d'elles-mêmes que, en même temps que comme citoyen, j'adhère à celle Conslilulion, comme citoyen libre de manifester mon opinion, et qui n'ai poinl renoncé à l'usage du sens commun, à la faculté de comparer les objets, je dis que cette Constitution est inconstitutionnelle et je me moque du secrétaire Cérulli, ce législateur Pangloss qui propose de la déclarer par arrêt ou par un décrel la meilleure Co11slilution possible; enfin, comme politique, je ne crains pas d·en assigner le terme prochain. Je pense qu'elle est composée d'éléments si desln1cte11rs 1'1111 de l'atHre qu'on peul la comparer à 111ir montagne de glace qui serait assise sur le cratère d'un volca11.C'est une nécessité qt,e le brasier fasse fondre et dissiper en fumée les glaces, ou qur, les glaces éteig11ent le brasier. • Or Camille Desmoulins ne cachait point ses craintes que la glace éteigntl le brasier. Selon lui,« le démon de l'aristocratie• avait eu,depuis deux ans, une habileté infernale. Renonçant à la lutte corps à corps contre la Révolution, il l'avait paralysée et stupéfiée. li avait glissé l'inégalité dans toute la constitution; il avait réservé le droit de vole, Je droit de porter les armes, à des privilégiés; el le peuple s'était laissé dépouiller sans mot dire: • Je les al appelés citoyens passifs et ils se sont crus morts. • • Mais c·est Paris qui a fait la Révolution, c'est à Paris qu'il est réservé

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