Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE 819 vernement, qui subsistent de ses vices, de ses atte11tats, de ses dilapidations et qui s'efforçaient de mai11te11irces disordres pour p•oflter du malheur public. Peu à pett se ra11gère11tautour d'eux l,s faiseurs d'affaires, les usuriers, les ouvriers de illxe, les gem de iellres, les sat11mt,, les a,·ti,trs, qui tous s'e11ricMssmt aux dipms des heureux du siècle 011 des fia rie famillr déra11,qés.E11mite vi11re11tles négocians, les capitali<tes, les citoyms aisl,, pour qui la liberté n'est que le prfoilè(JPd'acq11irir ,allS obstaclr, de posséder en asmrance et de jouir e,i paix. Puis arrivent les tremhleur., qtti redoutent moim l'esclavage que les oragespolitiqurs; les phes de famille qui crai(Jnent jusqu'à fombre d'un chan(Jement qui pourrait leur faire perdrP leur place ou leur état. • Oui, le tableau est mervellleu1 de couleur et de force. Si Marat avait eu une pbilo,ophie soci.lle plus étendue, il aurait trouvé inévitable que la classe bourgeoise, armée de science et de richesse, s'emparât de l'ordre nouveau el le fil d'abord tourner à son pro0t. Mais il aurait compris aussi que ce mouvement, que cet ébranlement étaient favorables au peuple lui-même el que l'avenir était à la démocratie. Ce n'est plus, cette fois, un cri aigu de colère et de haine : c'esl un cri profond de désespoir, el lui-même s'avoue vaincu : • Pour échapper au fer des assas~ins, je me suis condamné à une vie souterraine, relancé de temps à autre par des bataillons d'alguazils, obligé de fuir, errant dans les rues nu milieu de la nuit, cl ne sachant quelquefois oü lrou,·er un a~ile, plaidant au milieu des fer, la cause de la liberté, défendanl les opprimés, la tête sur le billot, el n'en devenant que plus redoutable encore aux oppres,eurs et au, fripons publics. • Ce genre de vie, dont le simple récit glace les cruur; les plus aguerris, je l'ai mené dix-huit mois entiers, sans me plaindre un instant, sans regretter ni repos ni plaisirs, sans lenir aucun compte de la perte de mon état, de ma santé, el sans jamais pâlir à la me du glaive toujours le1·é sur mon sein. Que dis-je? je l'ai préféré à tous les avantages de la corruption, à tous les délices de la fortùne, à tout l'éclat d'une couronne. J'aurais été protégé, caressé el fêlé, si j'avais simplement voulu garder le silence; el que d'or ne m'aurait-on par prodigué, si j'avais ,·oulu déshonorer ma plume! J'ai repoussé le métal corrupteur, j'ai vécu dans la pauvreté, j'ai conser1é mon cœur pur. Je serais millionnaire aujourd'hui, si j'avais été moins délicat el si je ne m'étais pas toujours oublié. • Au lieu de richesses que je n'ai pas, j'ai quelques delles que m'ont endossées les inffdèles manipulateurs auxquels j'avais d'abord confié l'impression et le débit de ma feuille. Je vais abandonner à ces créanciers les débris du peu qui me reste, el je cours, sans pécule, sans secours, sans ressources, végéter dans le seul coin de la terre oil il me soit encore permis de respireren paix, denncé par les clameurs de la calomnie, diframé par les

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