Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

81ù HISTOIRE SOCIALIST~ Le peuple au i7 Juillet avait pétitionné pour la Mpublique; la Révolution même avail noyé sa pélilion dans le sang. Le peuple se taisait maintenant, et sans doute nulle autre brîllure que celle des guerres extérieures ne pourrait l'arracher à son engourdissement. Ainsi ce n'est pas, comme l'ont répété tant d'historiens, l'enthousiasme débordant de la liberté qui a suscité la guerre. Ce n'est pas de l'exaltation révolutionnaire, c·estau contraire d'une défaillance de la Révolution qu'elle esl sortie. Les témoignages abondent sur cet atrai~sement, sur ce découragement des démocrates, des révolutionnaires dans la période même où flambaient les discours guerriers. Marat a, à celle époque, une crise de désespoir. Dans le numéro du 21 septembre, il proclame que la Révolution est perdue, et il trace un tableau admirable des forces conservatrices qui i;e sont développées en Plie el qui semblent la maitriser. • Nous avions conquis la liberté par la plus étonnante des révolutions, mais à pèine en avons-nous joui un jour, nous l'avons laissé perdre par nolre stupidité, par noire lâcheté et nous en sommes plus loin aujourd"hui qu·avanl la prise de la Bastille. On veut que nous ayons des lois qui établissent nos droils; j'ai démontré cent loi; que ces lois sont dérisoires; mais quand elles ne seraient pas oppressives elles-mêmes, ceux qui sont chargés de leur exécution sont les plus implacables ennemis de la patrie; ils les font Laire ou parler à leur gré; lour à tour ils les interprètent en faveur des ennemis et conlre les amis de la liberté, el toujours les défenseurs des droits du peuple sont immolés avec le glaive de la jus lice. • • Ceux qui !ont honneur de la Révolulion à noire courage attribuent la perle de la Révolution à notre défaut actuel d'énergie; ils se plaignent ·de ce qu'elle a toujours élé en s'afTaiblissant et ils disent qu'il nous en reste à peine aujourd'hui quelque étincelle. Mais, nous sommes exactement aujourd'hui ce que nous étions il y a trois ans: c'est une poignée d'infortttnésq11i ont fait tomber les murs de la Bastille I qu'on les mette à l'œ11vre,ils semontreront comme le premier jour; ils ne demanderont pas mieux que de combattre contre leurs tyrallS; mais alors ils étaient libres d'agir, et mainte11anl ils sont enchainés. • • Quand on suit d'un œil attentif la chaine des événem~nls qui préparèrent el amenèrent la suite du 14. juillet, on sent que rien n'était si facile que la révolution; elle tenait uniquement au mécontentement des peuples, aigris par les vexations du gouvernement, el à la défection des soldats indignés de la tyrannie de leurs chers. « :\lais quand on vient à considérer le caractère des Français, l'esprit qui anime les différentes classes du peuple, les intérêts opposés des différents ordres de citoyens, les ressources de la Cour el la ligue non moins naturelle que formidable des ennemis de l'égalité, on sent trop que la révolttlion ne

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