HISTOIRE SOCIALISTE 815 c'est son génie à la rois révolutionnaire et lucide, véhément et sage qui aurait peul-être sauvé la liberté el la patrie. t.lais, ni les prétentions inquiètes de Brissot, ni les entrainements oratoires el la rhétorique guerrière d'lsnard ne suffisent à expliquer ce grand fait 8i étrange : Comment, dans l'automne de i79i, la Révolution se découvre-l-elle subitement une Ame guerrière? Voici je crois, l'explication décisive. li y avait dans les consciences révolutionnaires à la fin de i 791 el en 1702, un immense malaise, un commencement de doute, el la guerre apparaissait obscnrémenl comme un moyen détourné de trancher des problèmes que directement ]a Révolution ne pouvait résoudre. Elle se déballai! dans une difficulté terrible. Son point d'apJioi était la Constitution : en la brisant, elle craignait de tout livrer aux ennemis de la liberté. Mais, celle Constitution donnait au roi de tels pouvoirs par la liste civile, par l~ choix des ministres, par le veto suspensif étendu à deux législatures, que le roi, sïl était de mauvaise foi, pouvait légalement, constilutionnellemenl, fausser la Révolution, la remellre désarmée à l'ennemi. Or le roi, pouvait-on vraiment aveir conaancc en lui? On l'avait mis hors de cause après Yarennes et il avait accepté la Constitution: il semblait même, extérieurement, s'y conformer; mais que de raisons de douter ùe lui I Ne pouvail-il négocier secrètement avec l'étranger? Quelle garantie a1•ail la nation? El, devant la figure énigmatique, de\'ant l'àme incertaine el si souvent traitresse du roi, la nation révolutionnaire avait un malaise. Qui déchiffrerait celte énigme? Quel feu éprou\'erait cc métal équivoque el mêlé? Ah! s'il y avait une grande guerre, si le roi étail obligé de marcher contre les soul'crains étrangers armés en apparence pour sa cause, il serait bien obligé (\e se découvrir, d~ se révéler enfin! ou il mènerait loyalement· la guerre, et la Révolution, sO.rede lui, serait enfin débarrassée du soupçon qui la hantait el l'énervait, ou il trahirait, el celte trahison du roi enyers la nation donnerail à la nation la force d'exécuter le· roi. Qu'on se figure l'claL d'un peuple qui se demande toul bas chaque jour ce que fait son chef, s'il esl fidèle ou félon, ou s'il ne combine pas en des proportions inconnues et variables, fidélité et félonie. Il y a là pour lui une énigme à la fois menaçante el irritante, une de ces obsessions maladives dont il faut se débarrasser à tout prix. )Jais quoi? Nevaut-il pas mieux faire appel à l'énergie révolutionnaire du peuple et jeter bas le roi suspect que de demander à une guerre peul-être funeste je ne sais quelle épreuve de l'équivoque loyauté du roi? Oui, mais à la fin de :!î(H, les révolutionnaires démocrates ne croyaient plus au ressort révolutionnaire du peuple. Et à vrai dire, la Révolu,tion elle-même l'avait si souvent comprimé, elle avait si souvent contrarié les rnonvements populaires en leurs ell'orls décisifs qu'll semblait naltuel de ne plus compter sur on élan tant de foiF reroulé.
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