Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

812 HISTOIRE SOCIALISTE !'Empereur n'avait pas voulu lenter; que ce serait à elle et au roi de Suède que le Roi aurait des obligations qu'il lui aurait été plus doux d'avoir à l'Empereur; que dans ce cas l'Empereur devait au moins le dispenser de la reconnaissance e~ ne pas être élOnné de celle qu'il témoignerait à ceux qui lui auraient rendu un aussi grand service. M. de Mercy s'est fort mal défendu; il a allégué qu'un Congrès ne serait d'aucune utilité et qu'il n'aurait rien d'imposant,que faute d'objets à traiter il resterait inactif, .. , etc.• Faute d'objets à traiter: l'Empereur d'Autriche s'interdisait donc de peser sur la politique intérieure de la ·France. Donc dans l'automne de 1791, dans les deux premiers mois de la Mgislative, en octobre et novembre, deux grands fails sont certains: le premier c'est que la trahison du roi continue. Elle est plus prudente, et comme ressèrrée par la peur. Elle est aussi coupable. Le roi veut détourner de lui les entreprises compromeltantes des émigrés, mais il persiste, en fait, à appeler l'invasion des étrangers, car ce Congrès, • appuyé d'armées formidables ,,, est le prélude de l'invasion : si la France, en eliet, n'accepte pas la Conslilution plus qu'à demi-despotique que le Congrès lui proposera, c'est par la force des armes que celui-ci tentera de l'imposer. Donc le roi trahit toujours, quoique d'une main tremblante. Voilà le premier fait incontestable; et le second, c'est l'hésitation de l'Europe monarchique ou son impuissance à intervenir. Ces deux faits auraient dO. commander toute la polilique de la Législative. lfüe devait surveiller étroitement les menées du roi, lui imposer des ministres patriotes, amis de la llévolulion, se tenir prêle à soulever contre lui l'opinion et Je peuple, le jour où une démarche coupable aurait révélé sa trahison secrète et s'appliquer avec un soin infini à ne pas provoquer l'Europe, à é,•iter toutes les chances de guerre. Tout au contraire, sous l'impulsion de Brissot, la Législative, dans cetle période d'octobre i7Qi à avril i792, ménage le ~oi qui trahissait et provoque l'étranger qui ne voulail point allaquer. Comment expliquer cet immense et funeste malentendu? Je sais bien que Brissot était un esprit remuant et brouillon. Il avait une haute idée de lui•même, un souci constant de sa personnalité. li raconte dans ses mémoires qu·enfant, quand il lisait des nou• veiles sur les jeux et l'éducation du fl.lsduroi, il se disait à lui-même: • Pourquoi lui, et pourquoi pas moi? « li avait !ail beaucoup de lectures superficielles et ba.lives et il se croyait en 'élal de parler de tout. li avait séjourné à Londres : il connaissait \•étranger un peu mieux que ses collègues de la Législalive et de la presse révolutionnaire, et il affectait de parler toujours des Elals-Unis, de l'AÏlglclerre, des affaires cl_umonde. ·Quelle gloire si, par lui, la Révolution emplissait l'horizon universel! li rêvait un vaste embrasement de liberté dont la France aurait été le foyer, et sans calculer les périls et les forces il méditait des coups drthéâtre.

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