Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1314 IIISTOIRE SOCIALISTE ques; la Hévolution lui donne d'emblée une influence bien plus grande, bien plus décisive que celle de la bourgeoisie anglaise', si resserrée encore entre la prérogative royale el la puissance des landlords, et partout la bourgeoisie ne fe1ait point bon accueil à la Révolulion? Ainsi allaient les espérances ardentes de la Gironde. lis n'avaicnl point ass~z calculé la force de résistance des préjugés el des habilucles, la susceptibililé des vanités nalionales. Mais malgré tout, après lJien des délais et tlcs épreuves, c'csl leur espérance qui a eu raison: La Révolution française esl devenue enfin la Révolution européenne : leur pensée ne faussait pas la marche des choses, elle la brusquait seulemenl. Et peut-Mre celle part d'illusion étail-elle nécessaire ü la grande France généreuse, téméraire et isolée. Du moins, malgré leurs fautes, les Giron/lins surenl-ils, en celle période, communiquer au pays le sublime enthousiasme qui atténuait le péril. Et conlre la royaulé leur lactique fut décisive. Dès que se précisa la guerre conlre l'Lèuropc1 se précisa aussi la trahison royale. Dès lors, le soulèvement du peuple dc1•ait loul em1,ortcr. Les hésitations suprêmes de la Gironde ne doivent pas nous empêcher de reconnaltro que c'est elle qui déchaina les événements. Et un an après la terreur monarchique et bourgeoise qui suivit le retour de Varennes, le peuple du 10 août aballait la royauté. La marche des choses a,ait été si rapide el ie coup porté le 10 août lut si foudroyanl, que ceite journée apparut aux contemporains comme une révolution nouvelle, ou tout au moins comme la vraie Révolution. Pour les Feuillanls, pour Barnave, c'est une nouvelle Révolution qui détruit J'œuwe de l'ancienne. La chute de la Constitu.lion lui apparait comme un événement déplorable, mais égal, par son imporlance révolutionnaire, à la chute de l'ancien régime. Pour les démocrates, et pour les Girondins eux-môme,, c'est enfin le gra11cljour de la né'/Olulion qui luit après une I file et douteuse aurore. • Le temps qui s'est écoulé depuis la Révoluliou de 1780, dit le journal de Drissot, n'était plus l'ancien régime, ce n'était pas non plus encore la liberté; il était semblable à cet iQslant du jou~ qui suil la fin de la nuit el qui précède le lever du soleil. » Le 10 aofit, c'est le premier rayon jaillissant ,le la République qui touche enfin le bord de l'horizon. La grandeur de la Législative, malgré ses incerliludes, ses témérités ou ses défaillances, c'est d'avoir à demi préparé et tout à rail accepté ce dénouement éclatant d'une crise périlleuse et olJscure. C'est elle, en somme, qui a frayé la roule, da Champ-de-Mars où, en juillet 1791, le peuple était fusillé au nom du roi par la Révolu lion égarée, aux Tuileries, où le 10 aoQt le people brisait la royauté. Brissot a résumé·, avec une complaisance mêlée de frl~l!SSe, l'œuvre lie

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