Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

IllSTOlllE SOCJ..\LISTE pour pre~er le Congrès. Je lui mande de vous communiquer ma lettre; aus&. je n'entre pas en détail sur cela avec vous. J'ai vu )[. du Montier qui désire fort aussi ce Congrès. Il m'a donné m~me des idées pour les premières bases, que Je trouve raisonnables. Il refuse le ministère et je l'y ai m~me engagé. C'est un homme à conserver pour un meilleur temps, et il serait per lu. • Et elle continue sa lettre par des paroles découragées, presque désespérées: elle ne sait si elle redoute davantage les Français du dehors, lesémigrés, ou les Français du dedans, les révolutionnaires. • Tout est assez tranquille pour le moment, en apparence, mais celle tranquillité ne lient qu'à un fll et le peuple est toujours comme il était, prêt à faire des horreurs; on nous dit qu'il est pour nous, je n'en crois rien, au moins pour moi. Je safa le prix qu'il faul me/Ire à 10111 cela; la plupart d11 temps cela est payé, el il ne nous aime gu'aulant goe nous faisons ce qu'il veut. li est impossible d'aller longtemps comme cela; il n'y a pas plus de silreté clans Paris qu'auparavant, et peul-être encore moins, car on s'accoutume à nous voir a,i!is ... Les Français sont alrocrs dei tous les côtés: il faut bien prendre f!arde que si ceu:r d'ici (les rél'olutionnaires) ont f(lcantage et qu'il faille vivre avec eux, ils ne puissent nous rien 'reprocher; mais.il faut penser aussi, que si ceux du dehorsredecenaient maîtres, il faut qu'on puisse ne pas leur déplaire ... • C'est l'extr~me frayeur: elle ne sait plus quel est le parli qui l'emportera el elle rnul se ménager avec tous. Ce n'est plas la reine superhe el outragée gui calcule des moyens de revanche. C'est la créature humaine aux abois qui ne veut pas périr, et quelle tristesse pour elle de constater le néant de ces applaudissements « populaires", payés par lit liste civile t Le 21 octobre le baron de Taube écrit de Stockholm à Fersen: « Quant aux affaires de France voici ce que les princes disent dans leur lettre à l'impératrice (de Russie): L'esprit de lenteur qai conùuil les cabinets de Vienne el de Madrid, ,a mauvaise volonté de ce dernier, que nous avons de fortes raisons de croire vendu à nos ennemis; les intrigues enlin du haron de Bre_ teuil, car il est temps de le nommel' à Votre Majesté, qui aime mieux de tout renverser que de voir réusslr des projets qu'il n'a pas conçus lui-même. etc., etc. • Ainsi, colère et déception chez les émigrés, terreur el duplicité che11 la reine, indécision et paralysie des puissances: je ne sais quel effort stérile et informe de trahison et de guerre qui U:aboulit pas. Le 31 octobre, llfarie-Anloinetle écril à Fersen: « La lettre de }fonsieui: (comle de Provence el frère du roi) au baron (de Btet.euil) nous a étonnés el révoltés; mais il faut avoir patience et dans ce moment, pas trop montrer sa colère; je vais pourtant la copier pour la montrer à ma sœur (Madame Elisabeth !œur de Louis XVI, qui tenait pour les princes). Je suis anxieuse de savoi~ commenl elle la justifiera.au milieu deloul ce qui se passe. C't!N .,,., tnfe~ qu,e Mi)/re i11tirieur; il ·n·y a pas moyen d'y rien dire avec les

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