Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

802 HISTOIRE SOCIALISTE Evidemment, les objections que Marat met dans la bouche du ,·a/sonneur, ont frappé ~larat lui-même, el devant Je discours de Brissot il ressent du malaise. Mais il n'est pas encore décidé à l'o!Tensive. Ainsi, dès son premier éclat, la politique belliqueuse semblait tout dominer. El pourlJnt, jamais les dispositions des puissances ne furent plus incertaines. Jamais il ne parut plus facile, à une politique avisée, de conjurer toute agression el d'empêcher le concert des souverains. J'ai déjà cité la lettre du roi d'Angleterre qui refusait tout concours au roi de SuMe el par son ferme propos cle neutralité, réduisait à néant la convention de Pilnitz. J'ai cité aussi ce que Fersen écrit des dispositions ~out à fait négatives de l'empereur Léopold. Il est certain qu'en octobre, au moment même où Brissot pousse la France à une démarche décisi.ve, le désarroi et l'bésiLalion sont très grands à la Cour et chez les puissances. La trahison royale coniinue. Ni Lo·1isXVI, ni Marie-Antoinette n'a.cceptent la Révolution et la Constitution. llfais ils sont frappés de terreur, iJ, ont peur qu·une imprudence des émigrés expose leur liberté et leur vie même aux plus grands périls. Ils s'e!Torcent à paralyser l'émigration: et ils demandent aux souverains étrangers de former un Congrès. Ce Congrès es•aiera dïmpo,er à la France une coostilulion nouvelle, plus respectueuse de la monarchie. C'est la trahison, mais la trahison mêlée de peur. Car Louis XVI et Marie_ Antoinette craignent que si le Congrès des souverains proc'de cfemblé' par la force, il ne provoque un soul.àvement terrible de toute la France. Il faudrait quïl pllt agir par une sorte de pression. iiais œtle pression ne sera efficace que si les puissances sont absolument unanimes. Or, celte unanimité absolue est, à cette date, DJle chimère. Des puissances se réservent et elles tirent argument de ra.cceptation de la Constitution par Louis XVI. Les pria.ces, les émigrés, désavoués par le roi, redoutés par la reine, importuns aux puissances, s'euspèrent tous les jours, mais d'une rage impub---sante. · Le 20 octobre, le jour même où Brissot sonne la première fanfa1:ede guerre, le comte de Fersen écrit au roi de Suède: • Sire, je suis assuré que l'intention de l'empereur est de regarder la sanclion du roi de France comme bonne, et de ne rien faire en ce moment, sous prétexte qu'on ne peut pas lui donner un démenti. 1fais la seule chose qu'on pourrait olJLcnir, serait l'annonce immédiate d'un Congrès, la fixation du liet! et la nomination des membres qui devraient le composer. Le prétexte de ce Congrès serait la prise de po~session que l'Assemblée a raite d'Avignon. li faudrait engager Je pape à réclamer l'intervention de toutes les puissances de l'Europe contre une telle usurpation. La Cour d'Espagne pourrait indiquer celle démarche à Sa Sainteté. Je doute cependant e11corede ractivité que ?empereur mettrait à cette démarche s'il n'y était poussë par les attires Cours. • Marie-Antoinette écrit le 19 9ctobre à Fersen: • J'écris à M. de Mercy

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