Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

IllSTOIRE SOCIALIS'rE 1201 de peur que Pétion, encore lié par les formes légales, ne parali•sàt le mouvement du peuple, la Commune révolutionnaire le consigna à son domicile. Elle • préservaitainsi la liberté de l'action populaire. El elle marquait hien dès l'origine de celle grande Journéo, quel en était le caractère; il ne s'ag:issait pas d'une 110mmation à adresser au roi. Il s·agis•ail d'un changement de pouvoir, et le peuple s'installait en souverain il !'Hôtel de Ville pour chasser décidément des Tuileries la souveraineté de trahison. Comment l'Assemblée législative allait-elle accueillir ce pouvoir nouveau, e,pre,sion ré,olutionnaire de la volonté du peuple? Elle fut informée des événements de l'Jlôtel de Ville vers sept heures du malin par une députation geignante de l'ancienne municipalité. Mais que faire? Quelques députés proposèrenthien de casser comme illégal le pouvoir nouveau. Ahis déjà la lutte s'engagœil autour du chllleau, el la proposition tomba. Aus,i hicn le nouveau pouvoir agissait, et il secondait avec une grande décision l'elTorl du peuple. Avant même de se constituer en commune, les délégués des sections avaient obtenu de la municipalité légale qu'elle rappelât auprès d'elle Maudal, le commanflanl de la garde nationale déYOUé au roi. Celui-ci, "ers le matin, c'est-à-dire au moment mOmc où sa présence aux' Tuileries aurait été le plus néces~aire, avait fini par cê<l(ll' ù l'ordre municip1I. Et, arrivé à l'II0tel de Ville, il ,'était trou,•é en face d'un pouvoir nouveau. La Commune révolutionnaire le traita en accusé, elle lui demanda compte des ordres irréguliers quïl avait donnés, sans l'autorisation explicite du maire, pour armer la garde nationale contre le peuple. Et au moment où, l'interrogatoire fini, il s'apprOt.ail ù revenir en hâte vers les Tuileries, elle le fit arrOter. Du coup, la résistance des Tuileries était désorganisée. La Cour perdait tout point d'appui légal; la garde nationale ne donnait plus le moindre concours aux Suisses el aux gentilshommes. Le roi s'en aperçut bien, ver. six heures, quand il sortit un moment du palais J>ourfaire au Carrousel el aux Tuileries la revue des postes. Lt-s canonniers de la garde nationale l'accueillirent par un silence morne, ou par des cris de: • Vhe la Nation. • LouisXYI eut la scnsalionaiguë,mortelle, qu'il élaitsculconlreson peuple. Il rentra au château presque désespéré. Cependant, peu à peu, les assaillants arrivaient, et par le Carrousel, par les 'l'uilerie~, commençaient, mais mollement encore, à itnestir le Château. Le roi et lorelncallaienl-ils, ainsi plus qu'à demi abandonnés, soutenir les hasards d'un siè~e? A l'Assemblée, l'inquiétude était vive. Qu'adviendrait-il si le roi el la reine, dans la fureur de l'assaut, étaient massacrés? JÀ1 France, qui avait été déjà émue le 20 juin en faveur du roi menacé, ne so soulherait-elle point coutre ceux qui l'auraient tué, contre ceux au~si qtti par leur inaction auraient été complices du meurtre? Plusieur:1 député~ di,mandèrent rp1c l'A~semlilée appell'il lti roi à elle. Ill ,is ce n'était pas sculcmrnl prolêgcr la vie du roi; c'clait en quelque sorte

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