Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

H !STOi l\E SOCIALIS'U 1287 plaignait, à la dale du 7 oo(ll, que les ouvriers formassent des rassemblements pour exiger de concert la hausse des salaires. Les prolotaires savaient bien que toute exaltation de lo vie nationale et de la liberté serail une exaltation de leur force, et un obscur pressentiment social était en eux. Mais leur pensée directe et consciente allait à la patrie menacoe par 1'6tranger, à la liberté trahie par la fourberie ùu roi. Abattons le roi traitre pour écarter, pour refouler plus sûrement les rois étrangers. Ce n'était donc pas un mouvement de classe explicite et immédiat qui soulevail les prolétaires. Et cependant, tandis qu'au 14 juillet el au 5 et 6 octobre, c'est contre le despotisme royal seulement que luttaient les ouvriers unis à la bourgeoisie, maintenant, en cette journée du 10 aoO.t,ils luttent à la fois contre la royauté et contre toute celle partie de la bourgeoisie qui s'était ralli6e à elle. En abattant le roi, ils vont prendre en même temps leur revanche de ce modérantisme bourgeois qui, au Champ de Mars, en juillet 1791, avait fusillé le peuple pour défendre la royauté. EL le drapeau rouge, qui fut le drapeau de la loi martiale, le symbole sanglant ùes répressions bourgeoises, les révolutionnaires du iO août s'en empar~nt. Ils en font un signal de révolle, ou plutôt l'emblême d'un pouvoir nomeau. A quel moment précis l'idée vint-elle au peuple révolutionnaire de s'approprier le drapeau de la loi martiale el de le tourner contre ses ennemis? Il semble que ce soit aux environs cln 20 juiu. Quand Chaumette, dans ses mémoires, raconte les préparatifs du 20 juin, quand il montre que les ciloylms des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau • s'enorgueillissant d'être appelés sans-culottes pat· les ari,Locrates à dentelles •, se préparaient à aller trouver le roi pour lui imposer la_sanction des décrets, il ajoute: « D'un autre côté, les patriotes les plus chau·ds et les plus éclairés se rendaient au Club des Cordeliers el de là passaient les nuits ensemble à se concerter. « Il y eut entre autres un Comité où l'on fabriqua un drapeau rouge portant celle inscription : LOI MARTIALEDU PBUPL& CONTRELA RÉVOLTEDE LA COUR, et sous lequel devaient se rallier les hommes libres, les vrais républicains qui avaient à venger un ami, un fils, un parent, assas~iné au Champ de M,rs le 17 juillet i79i. • · D'au Ire pa1-L,Carro. racontant les préparatifs non plus tlu 20 juin mais du 10 août, écrit : « Ce fut dans ce cabaret du soleil d'or (où se réunissait le directoire insurrectionnel) que Fournier, !'Américain, nous apporta le drapeau rouge dont j'avais proposé l'invention et sur lequel j'avais fait écrir&ces mols: /.,(Ji martiale 11upe11plesouverain contre la rébellion du pouvôir exécutif. Ce lut aussi dans le même cabaret que j'i•p~orlai cinq cenls exemplaires d'une affiche où

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