Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

lllSTü1f\E SOCIALISTE 1279 .s'emparèrent de l'autorité municipale dans la nuit du 9 au iO aoO.t. » Mais s'il esl fort possible que Carra soil un Mhlcur, cl qu'il ait gro,si son rôle per,onnel, il reste vrai que les fédérés n'élaienl poinl dispersés, qu'ils avaient formé un Comité central el que ce Comil6 centpl auquel avaient élé appelés des hommes d'action comme Santerre, cl surtout comme La• zowsky el ,veslermann, 6lail un des ressorts du mouvement. ~lais les délégués des sections avaient une action plus vaste. DanLon élail en rapport avec les deu, organisations révolutionnaires. Par l'arrêté de la section du 'l'béâlre Français, s:gné de lui, il avait donné aux sections le branle insurreclionnel. El en outre. dès le lendemain du banquet des Marseillais, les fédérés de Marseille furent invités par la section du 'l'hMlre Français à prendre domicile chez elle. Danton était ainsi comme au point de croisement des deux organisations révolutionnaires. Robespierre se sentait sans doute débordé par la violence des événements. Il avait dO.renoncer, dès les premiers jours d'aoO.t, à l'espoir d'une ré• volution légale qu'un moment il avait entrevue; et subtil, discret, il attendait la marche des choses. L'Assemblée semblait avoir perdu toute vertu de décision, et ses arrêts étaient purement négatifs. Elle cassait l'arrêté de la section Mauconseil, mais elle-même n'indiquait aucune solution à la crise. Dans l'ordre militaire, elle voyait et faisait grand. Elle essayait d'armer tout le peuple; elle approuvait lei" aoO.t le beau rapport de Carnot sur la fabrication des piques; sur l'armement universel: « Votre commission vous a proposé des piques, puce que la pique est en quelque sorte l'arme de la liberté, parce que c'est la meilleure de toutes entre les 11minsdes Français, parce qu'enfin elle est peu dispendieuse et promptement exécutée. « D'ailleur~, il n'existe pas en France actuellement et il ne peut exister de longtemps encore assez d'armes à feu pour que tous les cit~ycns en soient pourvus, el cependant leurs propriétés, leur vie, leur liberté sont menacées de toutes parts, et on les abandonne presque sans secours à la fureur de leurs ennemis. « li est une vérité qui doit enfin parallre évidente à quiconque veut ouvrir les yeux, c'est que les gouvernements qui nous entourent veulenl tous notre destruction; c'est que ceux qui nous parlent d'amitié ne le font que pour mieux nous tromper; c'est qu'en ce moment nous n·avons plus d'autre politique à suivre que celle d'être les plus forts. • Mais le danger de l'instant, celui qui frappe les yeux de la multitude, c'est peut être le moins grave; le plus ,·éel, le plllS inévilable est dans l'organisa/ion m~me de la force armée, de cette force qui, cl'éée pour la dé(e11se de la liberté, renferme en elle-m~me le vice radical qui doit infailliblement la déchirer.

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