Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1262 HISTOIRE SOCIALISTE « Déclare que la Palrie élanl en danger, Lous les hommes français sont de fait appelés à la dél'endre; que les citoyens vulgairement et al'istocraliquement connus sous le nom de citoyens passifs, sonl des hommes français partout, qu'ils doivent être et qu'ils sont appelés tant dans le service de la garde nationale pour y porter les armes, que dans les sections et dans les assemblées prirpaires pour y délibérer; « En conséquence, les citoyens qui ci-r1evant composaient exclusivement la section du Théàtre Français, déclarant h:rntement leur répugnance pour leur ancien prililège, appellent à eux tous les hommes français qui ont un domicile quelconque dans l'étendue de la section, leur promettent de partager avec enx l'exercice de la portion de souveraineté qui appartient à la section; de les regarder comme ùes frères concitoyens, co-intéressés à la mômecause et comme dofenseurs nécessaires de la déclaration des droits, de la liberté, de l'égalité, et de tous les droits imprescriptibles du peuple et de chaque individu en particulier"· C'était signé de DA~ro:<p, résident, d'Anaxagoras CnAUMETTviEc,e-président, et de 11olloRo,secrétaire. Je reconnais dans cet arrêté la marque de Daoton. li était, si je puis dire, l'admirable juriste de l'audace révolutionnaire. Il excellait à interpréter dans le libre sens du peuple et de ses droits, la Constitution elle-même; il en faisait jaillir l'esprit, il en suscitait ou en transformait le génie. C'est par un coup de légiste hardi, procédé d'interprétation el d'extension, qu'il s'empare de la déclaration suprême de )a Consliluanle, confiant au courage de tous la défense de la Constitution, pour ;1ppelcr tous les Français dans la cilé. ~lais surtout c'est par une sublime inspiration qu'il fait du danger de la Patrie un Litre à tous les Français. Ce n'est pas au nom des pauvres, c'est au nom de la Patrie qu'il demande pour Lous les citoyens l'égalité politique. La Patrie et la liberté menacée ont droit au courage de tous, à l'énergie de tous, aux lumières de tous, et c·esl désarmer la Pairie, c'est désarmer la liherté que de ne pas donner à tous les citoyens des droits égaux pour leur défense. Comme on distribue des piques à tous, à tous il faut distribuer le pouvoir politique, qui est une arme aussi, la plus terrible de toutes contre les ennemîs de la liberté, c'est-à-dire de la Patrie. Ainsi Danton, rattachant les unes aux autres les plus hautes paroles, les plus hautes pensées de la Constituante et de laLégislalive, en lirait une magnifique jurisprudence révolutionnaire. A côté de lui signaient Momoro, l'imprimeur démocrate dont les conceptions agraires paraîtront bientôt contraires à la propriété, et Anaxagoras Chaumelle, qui sera, après le Dix AoO.t,le président, puis Jeprocureur de la Commune de Paris. C'était un jeune-enthousiaste de vingt-neuf ans. Presque enfont, et après des conflits avec ses maitres, à Nevers, il avait été embarqué comme mousse; matelot, timonnier, il avait été. roulé à travers le monde, et toujours, dans son métier, il avait su employer à lire, à étudier, à rêver ses

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