Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

IIISTO!l\E SOCI.\LISTE lion. c·e.l une grande idée que rcliendra la l\érnlution: les premières adresses des sections se bornaient à demander la <!èchéanc~, et sans doute la force ré1olulionnaire du peuple s'allachait d'abord c,clusivement à cet objet, le plu, pres;;ant de tous. c·e,t eu partie suus l'influence de l\obespierre que les seclion, de Paris ne lardent pa~ à compléler leur programme de déchéance du roi par la demande a·une Comenlion nationale. li y a, dans celte conception de l\obespierre, un grand sen, ré,·olutionnnire. Robespierre espérait encore, par là, réduire au minimum l'èlJranlement que la t'rance allait subir. Il n'entend pas d•1 tout renverser 13royauté : il veut modifier, le moillS poss,ble, la Constilulion ; rl il dit ex1.res;ément que les modificalions nt'ce;s.1ires pourront Nre • altarhées à la Comlilution actuelle». li reste Odêle il l'idée essentielle qu'il a si rnu,ent exprimée depuis la Constituante : une démocratie souYeraine, mai, exerçant sa souverai neté sous le couvert tradilionnel d'un pou,•oir royal rigoureusement limit é et ronlrôlé. El non seulement il ne veul pas ren\'Crscr la royauté, mais si on a lu allenlivemenl son programme, on a vu qu·au fond il n'est pas décidé à renverser el à remplacer Louis X\'1. Cc n·est pas lui qui règne, dit-il, mais, ~ous son nom, les factions qui se sont emparées des dépouilles de la royauté. Mais qu'est-ce à dire? El Louis XVI ne devient-il pas ainsi, en quelque mesure, irrespon•able ~ Si la nation, organisant enfin sa sou1eraineté, élimine les factions qui pillaient le pouvoir royal, quel inconvénient y aura-t-il à laisser à Louis X \'I un pouvoir épuré el qui ne sera plus désormais que le patrimoine de la nation? Je suis bien porté à croire que, pour Robe~pierre, l'idée d'une convention nationale était, en même temps qu'un moyen de salut ré\'Olulionnaire el qu'un coup à la Gironde, une diversion à l'idée de la déohéance. Qui sail, celle-ci n'apparaissant plus que comme une mesure superficielle el secondaire, si le peuple ne consentirait pas à l'ajourner? A quoi bon retarder la convocalion de la Convention nalionale pour procéder à l'examen long el difficile de la conduite du roi? Qu'on procède tout de suite au, élections , et c'est l'Assemblée nouvelle, c'est la Convention souveraine qui exami nera s'il y a convenance et s'il y a pfril à laisser à Louis XVI le pouyoir e,éculif limité el contrôlé par la Conslilulion nouvelle. Ainsi, comme au, premiers jours de la Révolution el de la Conslituanle, la nation se retrouverait en face du roi, décidée encore, par sagesse el ménagement des habitudes, à concilier sa souveraineté avec le maintien de la monarchie traditionnelle el de la dynastie, mais avertie celle fois par une douloureuse expérierce de trois années et bien résolue à donner à la souveraineté nationale des garanties décisive~. La pensée de Robespierre éLail grande, puisqu'elle tendait, en une crise

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