Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

lllSTOlllE SOCIALISTE 1 .,-- ...J. ,) résisté il temps el d'avoir laissé ·se créer • le <langer de la patrie •· Dans le numéro li du Défemeurde la Constitution, écril dans les toul premiers jouis d'aoùl, il dit : « Allons jusqu'à la racine du mal. Beaucoup de gens croient la lromcr exclu,i,crncnl dans cc qu'on appelle le pouvoil' e:céculif; il; ùcmanùcnl ou la déchéance ou la suspension ùu roi, el pensent qu'il crlle di,cpo,ilion seule e:;l attachée la destinée de l'Elal. Ils soul bien loin d'arnir une idée complète de notre \'érilablc silualion. • La principale cau~e de nos maux esl à la fois dans le pournir e,éculif et dans le législatif, dans le pouvoir exécutif qui ,eul perdre !'Etal cl dans la législature qui ne peut pas ou qui ne veut pas le sau,·cr ... Le bonheur de la France élail réellement enlre le:; main; de ses rcprésenlanls ... JI n'y a pas une mesure nécessaire au salut de l'Ebl qui ne soit a\'Ouéc par le tcxlc même de la Constilulion. Il surfil Je ,ouloir l'interpréter et le maintenir de bonne foi. « Changez, tant qu'il vous plaira, le chef du pouvoir c,éculif : si vous vou, bornez là, mus n'aurez rien fail pour la palrie. JI n'y a qu'un peuple esclav,, donl les destinées soient a1tachécs il un indivi1lu ou à une famille. Esl-ce bien Louis XYI qui règne? Non, aujounlïmi, comme tonjours, el plus que jamais, cc sont tous les inlriganls qui s'emparent ùc lui l,mr à tour. Dé; ouillé de la confiance publique qui seule fa't l:1force des roi,, il n'est plus rien I ar lui-même. • La royauté n'est plus aujourd'hui que la proie de tous les ambitieux qui en ont partagé les dépouilles. Yos \'érilaliles rois ce sont vos généraux, et peul-ètre ceux des despotes ligués contre vous; ce sont tous les fripons coa'isés pour asser\'ir le peuple français. La destitution, la suspension de Louis XYl est donc une mesure insurfis•nle pour larir la source d~ nos maux. Qu'importe que le fantôme appelé roi ait ùisp1ru si le de,potbrne reste? Louis XVI élant déchu, en quelles mains pa,scra l'autorité royale-~ Sl'ra-ce dans celles d'un régenl ! d'un autre roi ou d'un conseil ·1 Qu'aura gagn(• ln liberté, si l'intrigue et l'amllition tiennent encore les rênes du goU\Crnemcnt·? El quel garanl aurai-je du contraire si l'étendue du pouvoir exécutif esl tou• jours la même ? • Le po•l\oir exécutif sera-t-il c,ercé pu le Corps législatif? Je ne vois dans celle confusion de tous les pouvoirs que le plus insupportable de tous les despotismes. Que le despotisme ait une seule lêle ou qu'il en ait sept cent•, c'e,t toujours le despotisme. Je ne connais rien d'aussi clîrayanl que l'irlée d'un pouvoir illimité remis à une assemblée nombreuse qui est audessus des lois. • Donc, la simple suspension ou même la simple déchéance ne signifient rien el ne remédient à rien. Elles ne modifient pas la nature même du pouvoir exécutif, si la royautt', avec un autre titulaire, demeure. Et si c'est une

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