Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

ITlS'l'OlllE SOC!.\ LI Sn: Ce <ii,cour,; d, Dri,,ol est un suiciùc. Comment re~pliqn er? Eta il-il LPllrment hypnotis6 par son ~y,Lèmc dr mini,lérialbm•' rérn lulionn1irequ'il ait jugé ulile, pour aller au cœur du mi, d'aller jusqu'à un pseudo-modérantisme? Ou a-l-il eu peur qur. la déchéance enlrJlnàl le ren ouvellement de tou,; les 1,ouyoir~. cl que l'Assembl6e nouvelle ne subit pas l'ascendant croissant de la Gironde comme celle-ci? En loul cas, la chu le e,l p rofonde. La seule excuse de Brissot, pour aYoir témérairement décbaln6 la guc rre,c'étail d'avoir évoqué la Ltmpêle qui déracinerait la royauté. }lais pren dre prétexte de celle tempête même pour maintenir la royauté, c'était le d é,avou de tout ce qui pouvait li•gilimcr l'cnlrepri,e belliqueuse de la Gironde. En ce jour, celle-ci a donn6 sa mesure. Elle a montré qu'el le était inférieure aux grands événements suscités par elle, que, capahle de mes hardies et môme de saillies téméraires, elle était incapable de cell e suite, de celle constance, de celle largeur d'audace qui seules peuvent acc order l'esprit de l'homme aux névolutions. Depuis hicnl0t un mois, depuis le discours de Vergniaud, et comme si la pensée d~s Girondins s'était Loule épuis6e en un magniOque éclair d'éloquence, la Gironde n'a plus ni une idée claire ni un ferme vouloir. Elle se home à gacmer du Lemps; elle ne sait que dire au Ilot ~u i monte, ou elle le morigène sollcmenl, incapable égalemi:nl de le guider et de l'arrêter. Que le roi demeure, que l'A~scmlJlée ne se sépare pas, et que le roi se décide enfin à rappeler les ministres palrioles. Elle esl comme immobilisé e dans celle pensée Lous les jour, plus absurde ; el quand le vide de celle conception lui appnrall, elle ne cherche même pas une aut re combinaison : c'est comme une ht'bélude politique olrange chez ces hommes d'esprit si Yif. La tactique de la Gironde el surtout le mouvcmcnl des sect ions demandant la déchéance obligèrenl Robespierre à sortir du vagu e où il se lenait encore vers le 20 juillet cl à préciser son plan. Il consiste avant lout à en finir avec l'A,;semblée législative cl à convoquer une Conv ention nationale. C'est moins contre Louis XVI que contre la Ugislalive où les Girondins, ma!lres de la Commission des Douze, dominaient maintena nt, que Robespierre porte ses coups. Il esl trop avisé pour combattre la déchéance. Il sent bien qu'elle est le vœu tous les jours plus net de la portion la plus active du p euple. Mais il en réduit si bien l'importance, il déclare avec lanl d'insistance que, seule, celle mesure serait ou inefllcace ou m~me nuisible, qu'on voil hien qu'il y a là pour lui une concession à l'opinion révolutionnaire plutôt qu'un plan poil· tique. Surtout il ne veut pas qu'après avoir proclamé la déchéance du roi la Législali\'e gnrde le pouvoir. La Législative sans roi, la LéglslallYe devenue roi lui parait plus dangereuse que le trl~le amalgame de la Lêglslatl ,e et de Louis XVI. Si le roi est coupable, l'Assemblée rest plus enco re de n'avoir pu

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