Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1252 HISTOIRE SOCIALl::'TE Le ministre de la guerre avait été nommé par le roi le 23; il avait choisi d'Abancourl; il ne s'orientait donc pas vers la Gironde el la Révolution. Mais les Girondins, après avoir un moment conçu et pratiqué la politique de pénétration el de collaboralion, avaient-ils perdu la force el le ressort nécessaires pour en vouloir réso!Omenl une autre? Duhem, revenant à la charge le 25, avec la véhémence que lui communiquaient ses commettant, du Nord menacés par l'invasion, renouvelle contre le roi l'accusation de trahison, el dénonce la vanité du système girondin, en celle heure de crise totale qui voulait un renouvellement total. • Tous ceux, dit-il, qui ont des correspondances assez suivies dans le département du Nord et sur toutes les auires frontières, sont entièrement convaincus et mellraient leur tMe sur l'échafaud pour assurer que la Cour el le pouvoir exécutif nous trahissent. Or, non seulement on n'ose pas aller à la source du mal, mais encore on /ail déclarer une espèce de système miloye11, 1111 système hermaphrodite, un système ait moyen duqitel 011 s'emparerail dit pouvoir exécutif, sam cependant oser déclarer qu'on va le faire. Messieurs, nous ne pouvons point nous emparer du pouvoir exécutif; on va vous dire que nous donnerons des pouvoirs aux généraux; nous ne le pouvons pas. Il faut que le pouvoir exécutif les nomme, et si le chef du pouvoir exécutif nous trahit, il faut que nous ayQns le courage de le dénoncer à la nation, el même de le punir ... • i\lais il ne faut point que l'on vienne nous amuser avec des mesures partielles; il ne faut pas que l'on s'empare indirectement du pouvoir ... • C'est pourtant à cette sorte de déchéance indirecte et voilée du pou voir royal, remplacé en fait sinon en droit ou par le pouvoir de l'Assemblée ou par le pouvoir des ministre,, que semblaient s'altacher les Girondins. Le même jour, 25 juillet, des citoyens de la section de la Croix-Rouge disaient à la barre: " Législateurs, la patrie est en danger; prenez une mesure simple, facile, qui peul être exécutée: déclarez la déchéance du pouvoir exécutif; \'ous le pouvez, la Constitution en main. • El les tribunes acclamaient les pétitionnaires. La section de Mauconseil écrivait, le même jour, dans le même sens. La Gironde résistant encore, tenta une diversion suprême. Guadet proposa, au nom de la Commission des vingtun un message au roi qui serait une suprême mise en demeure. La gauche accu~illit d'abord par des rires ironiques œ nouveau moyen dilatoire; mais Guadet, par quelques paroles Apre,, ressaissit un moment les esprits : • La nation sait bien que le salut du roi lient au salut du peuple, el que le salut du peuple ne tient pas au salut du roi. • Et la conclusion du projet de message, c'était encore que le roi devait appeler des ministres patriotes. • Vous pouvez encore sauver la patrie et votre couronne avec elle; osea enfin le vouloir; que le nom de vos mi11istres, que la vue des hommes qui

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==