Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

12:,0 IIIS'l'OIIH: SOCIALISTE chêne, 13,000 YOlontairrs sïnscrivirenl. Héla~! celte pure ferveur du combat pour la liherlé dc,ail aboutir un jour à la serviluJemilitaire, et sous la table qui portait les regi,tres d'in$criplion la vibralion de tous les enthousiasmes se répercutait au creux clcs tambours. ~lais à celle minute, rien de mécanique et de servile ne pe,ait encore sur l'élan sacré. C'est en \'ain aussi que ~faral, rapetissant en une défiance crispée la grande clairvoyance révolutionna,rc, adjurait aigrement les volontaires de ne pas aller à la frontière avant qu'on y eût emoyé les troupes clc ligne, les gardes nationales royalistes, tous les suppôts armés de la tyrannie. c·est en vain que selon le récit du journal de Pruilhornme, qui, tout en combattant ~larnt, lui ménage souvent un écho aswurdi, pédantesque et di!Ius, c'est en vain que « plusieurs citoyens, dont on respecte le molif, rfüaicnt tout haut : « Eh! malheureux! où courez-vous? « Pensez-vous donc sous quels chefs il vous faudra marcher à l'ennemi? Yos • officiers sont presque tous des nobles; un L1fayeltr vous mènera à la bou- • cheric. Eh! ne voyez-vous pas comme sous les per;;iennes ùu chàteau des • Tuileries on souril d'un rire féroce à votre empressement généreux, mais « aveuc,;le? Réfléchissez donc! » - « Di-cour, inutile,, ajoute le témoin un peu guindé; rt incapables de ralentir l'a"rl nr générale. La jeunesse électrisée n'entendait ,·ien. » El elle avait raison de ne pas entendre. Les sections révolutionnaires aussi avaient raison d'animer tous leRcitoyens, etde ne pas même compter avec l'âge : c'est le propre des grands événements de mùrir goudain l'enfance ellemême et de donner à l'adolescence une force virile; la ferveur de l'enfance transfigurée met une lueur d'aurore sur les graves espérances ùe la nation. • Si je n'avais consulléque les apparences, s'.écriait l'officier qui amenait 78 adole,ccnts de la section drs Quatre-Nations, la taille rle quclc;ue,-uns se serait opposée à leur admission; mais j'ai posé ma main sur leurs cœurs et non sur leurs têtes; ils étaient tout brûlants de pat,·iotisme. » Oui, ces Jeunes hommes avaient raison de ne pas écouler les conseils d'une fausse rngcsse révolutionnaire. C'est en courant à la frontière contre l'envahhseur qu'ils brisaient au cledans !'rouvre de trahison; car quel est le citoyen qui, les ,oyant aller au péril, à la mort peut-être, pour la liberté commune, n'ait fait en son cœur le serment de ne pas les livrer à l'entreprise des lrallres cl à l'intrigue« du premier des traitres », le roi? C'esl ainsi, en eliel, que Duhem, le 24. juillet, appela le roi à la tribune de l'Asseml.Jlée. Les adresses demandant la déchéance de Louis XVI commen• çaieQt à arriver. Quand les généraux de l'armée du Rhin, Lamorlière, Biron. Victor Droglie el Wimpfen, le 25 juillet, annoncèrent par lellre à l'Assemblée que pour couvrir la frontière menacée, ils arnienl dû réqui;ilionner d'offlce les gardes nationales cle l'Alsace; quand Yontesquiou, commandant l'armée du Midi, vint en personne, le lendemain, exposer à l'Assemblée qu'avec les faibles ressources dont il disposait, il ne pouvait empêcher les troupes du roi

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