lllSTOIRE SOCIALISTE 1213 rorcedes événements qui ,ou lèvent les esprits déborde infiniment toute parole individuelle. La voix stridente el un peu grêle de Marat se perd dans le tumulte grandissant de la Révolution prochaine, comme le cri aigu d'un oiseau de mer dans la clameur croissante des flots soulevés. Un moment m•'me, le 'H juillet, en un accès de désespoir, il annonce sa retraite: c'est la roiauté qui va a l'abime, el lui, le prophète, il croit que c'est la Révolution: « Qu'ai-je retiré de ce dél'ouement patriotique, que la calomnie de, ennemis de la liberté, la haine Ms méchants, la per~éculioo des suppôts ùu despotisme, la perte de mon état, l'indigence, l'anathème de tous les gran ls de la terre, la proscription et les dangers d'un supplice i;mominieux? .llais, cequi me /011dte encoreplus, c'est la noii'e inqratitude du peuple. le ldc!te abandon des patriotes. Où sont ces faux braves qui affichaient tant de zèle, ta11td'audace dans leurs cluhs, qui avaient fait serment de me dérendre au péril de leur ,ie, de ,·e1-serpour moi tout leur ~ang? Ils ont disparu à la vue do danger, à peine me reste-t-il quelques ami,, à peine me re5te-t-il un asile. Saiut amour de la Patrie, dans quel abime affreux tu m'as précipité. Mais non, je ne souillerai point par de tristes regrets la pureté de mes ~acrifices. Quelque horrible que soit mon ,ort, j'élaisdéterminéà le subir, dès l'instant où j'ai épousé votre cause, je m'étais dévoué à tous les malheur, pour vous rendre heureux. Dans l'excès de mon infortune, le seul chagrin qui m'accable est la perte de la liberté. Que les ennemis de la Patrie qui sa,ent à quel point je la chérissais et qui m'ont fait un crime de mon zèle, ne peu- \'Cnt-i ls être léinoins de mon désespoir: ils trouveraientque les dieux m'ont a~sez puni. • L'accent est be1u, mais voilà bien le châtiment de ces rensibilités déréglées et violentes. Elles se dépensent en fureurs stériles, en prédictions lointaines, en \'aines objurgations aux heures d'inévitable pesanteur po;mlaire. El s'étant ainsi comme épuisées elles-mêmes, elles ne vibrent plu~ à J'approche des grands événements qui font palpiter même les tunes communes. Marat, le 22 juillet ii02, ne pressentait pas la victoire prochaine du peuple el de la l\érnlution. Le mou,·emenl des sections, aux premiers jours cl'aoOt, ranimera ce système nerl'eux instable et u,é. RobespietTe devinait bien les vastes et prochains mouvements. Mais l'e!Terl'esccnce des rédérés lui raisait peur. Il s'obstinait à les maintenir dans la légalité : d'un coup de main victorieux ne sortirait que l'anarchie ou la dictature. C'est par des moiens légaux qu'il voulait sauver el compléter la Révolution. Il ne fallait pas briser les ressorts de la Constitution, mais il tallait les tendre dans le sens de la démocratie et de la ,·olonté nationale. Les fédérés, éeril-ildansffl Oéfmseur de la Consliùdion du i5 au 20 juillet,« ,ont arri\'és l Paris au moment de la plus horrible conspiration p.réle d'éclater contre la
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