Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

124-0 IIIS'l'Olll.E SOCIAL!S'l'i, tail lui-même, Lafayette, malgré la droilure de son palriolisme, glissail aux limites cle la trahison. La reine avait averti de ces projets Fersen et le comle de Mercy. lis les combattaient énergiquement. Sans doULe, ils avaient peur d'une réédition aggravée de Varennes. El puis, pour eux, le roi aux mains de Lafayelle, c'est encore le roi aux mains de la Révolution. Attendre à Paris, et n'avoir pas d'autre libérateur que l'étranger, voilà Je mol d'ordre, Fersen écrit à Marie-Antoinette le 10 Juillel: « Votre courage est admirable el la fermeté de votre mari fail un grand efTel. li faut conserver l'un el l'autre pour résister à toute tenlalive pour vous faire sortir de Paris. li est très avantageux d'y rester. Cependant je suis enlièremenl de l'avis de M. de Mercy sur le seul cas où il fallO.ten sortir; mais il faut prendre bien garde d'être assuré, avant de le tenter, du courage el de la fidélité de ceux qui protégeraient votre sortie ..• car, si elle manquait, vous seriez perdus sans ressource, et je n'y pense pas sans frémir. Ce n'est donc pas une tentative à faire légèrement et sans être sO.rde la réussite. Jl ne faudraitjamais, si vous le faites, appeler Lafayette, mais les départements voisins... • Le 11 juillet, :Marie-Antoinelle écrit à Fersen: (en cltiffre): Les Constitutionnels réunis à Lafayette et à Luckner veulent emmener le roi à Compiè_qnele lendemain de la fédération; à cet effet, les deux généraux vont arriver ici. Le roi est disposé à se prêter à ce projet ; la reine le combat. On ignore enco,·e quelle sera l'issue de cette grande entreprise que je suis loin d"approuve1·.Luckner prend l'armée du Rhin, Lafayette passe à celle de Flandre, Biron et Dumoui·iez à celle du cenll·e. (En blanc). Votre banquier de Londres n'est pas très exact à me faire passer les fonds. » Luckner vinl à Paris dans la nuit du 13 au i-1., et il assista à la fêle de la Fédération. Lafayette ne vint pas. La réponse négative du roi, qui avait cédé enfin aux instances de :Marie-Anloinette, l'avait rebuté; el tout ce complot avorté ne servit qu'à compromettre encore le roi el Lafayelle. Le bruit en e!Iel, que les deux généraux avaient songé à marcher sur Paris ne lardait pas à se répandre. Le journal de Prudhomme dit mystérieusemenlen parlant de Lafayelte : • On dit qu'un cerlain grand personnage étail caché (le 14} sous le lapis de velours à frange d'or qui recouvrait le balcon de l'école militaire, témoin invisible des imprécations continues qu'un cortège de 60,000 hommes lui donnail en entrant dans le champ de la Fédération; ddns ce même champ où il avail pensé, les années précédentes, êlre étou!Ié dans des nuages d'encens; ( du moins, ce jour-là, l'armée de Lafayette le cherchait partout. Mais Luckner, aussi avait bien quillé la sienne el les houlans pour venir défendre son roi, en cas de besoin contre les factieux du 14 juillet. • i Mais ce qui était plus grave pour Lafayette que ces rumeurs étranges, c'est que Luckner, dans son court passage à Pari., Jasa. Le i7 juillet, dans une soirée chez l'archevêque de Paris, Il laissa entendre que Lafayette lui àvait

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