Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTO!f\E SOCIALISTE 1235 seule occasion de conl'Oquer tous les frères que la librrl6 nous a donnés est donc venue; et désormais elle ne se représentera plus. • Celle guerre extraordinaire, il fallait la solenniser par une grave et retentissante déclaration, comme par un coup de canon on solennise un grand événement. La dernière de toutes les guerres! Suhlime illusion qui exaltait encore les courages en donnant à celle guerre, qui deYail marquer la fin des guerres, l'innocence de la paix. C'est comme une aube fraiche et pure de liberté et de paix qui se réfiéchissail au fer des baïonnelles el des piques. C'était un grand coup à rennemi. C'était aussi un grand coup à la royauté. Car si la pairie est en danger, qui donc a cré6 ce danger? Et si la patrie est en danger, le suprôme péril n'est-il pas de garder comme cher de la Nation et des armées un homme qui ne voulait pas de la liberté el qui mettait l'intérêt de la royauté au-dessus de la patrie? llérault de Séchelles al'ail conclu : • La pairie est en danger parce que la Constitution est en danger. • Ainsi, c'esl sur les 'l'uileries qu·étail pointé le canon d'alarme. A la lin de la séance du 11, c'est dans un silence émouvant que l'Assemblée adopta la belle et simple formule : " L'Assemhl~e nationale, après a.voir entendu les ministres et observé les formalités indiquées par la loi des 4 el 5 de ce mois, a décrété l'acte au· Corps législatif suivant : • Acte du Corps Législatif. • Des troupes nombreuses s'avancent vers nos frontières; tous ceux qui ont horreur de la liberté s·armenl contre notre ConsliLulion, • Citoyens, la Pairie esl en danger. • Que ceu, qui vont obtenir l'honneur de marcher les premiers pour défendre cc qu'ils ont de plus cher, se souviennent toujours qu'ils sonL Français et libres; que leurs concitoyens mainticnnenl, clans leurs foyers. la sùrcté des personnes et des propriétés; que les magistrats du peuple veillent altentivernent; qu·e tous, dans un courage calme, attribut de la vérilable force, allcndcnt le signal de la loi, et la patrie sera sauvée. » Un autre coup terrible avail été porté peu de jours arnnl aux modér~s. défenseurs ùc la monarchie. L'Assemblée avait décrété la publicité des séances des Corps administratifs. Ainsi le Directoire du D(-parlemcnt de Paris, devenu le foyer de l'esprit feuillant et du modérantisme rétrograde, allait être enveloppé de la force populaire. 'fout donc accNérait le mouvement révolutionnaire. Toul précipitait la suprême rencontre de la llévolulion -et de la royauté. Qu'importe qu'en une elfusion sentimentale qui n'était pas sans arrièr!}-

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