Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

i230 IIISTOIHE SOCIALISTE l'impression du discours de Dumas. C"était cinq jours après la démarche de Lafayette: il avail bien décidément perdu la parlie. Chose curieuse et dramatique! Le jour même où Vergniaud enveloppait le château des 'l'uileries de larges éclairs, qui par toute~ les fenêtres devaienl enlrer comme des glaives de feu, la reine ~larie-Antoinelle adressait à Fersen un billet plein d'espérance : « J'ai reçu votre lettre du vingt-cinq, 11° onze. J'en ai élé bien touchée. Notre position est affreuse, mais ne vous 'inquiétez pas trop; je sens du courage, et j'ai en moi quelque cltose qui me dit que nous serons bientôt heu1·euxet sauvés. Celle seule idée me soutient. L'homme que j'envoie est pour .llI. de Mercy; je lui écris lrès fortemenl pour décider qu'enfin on parle. Agissez de manière il. en imposer ici; le moment presse et il n'y a plus moyen d'allendre. J'envoie les blancs-seings comme vous les avez demandés. « Adieu, quand nous reverrons-nous tranquillemenl? » C'esl sans doute en celle soirée du 3 juiilel qu'elle disait il. Madame Campau, en lui monlranl la nuit sereine : • C'est libre bientôt el joyeuse que je contemplerai celle lune au doux éclat. » D'où venait son espoir en cette heure tragique où la Révolution ~rondait autour d'elle, où le bruit hostile de la rue ne tombait un moment que pour laisser éclater la parole tribunitienne? C'esl d'un manifeste des alliés qu'elle allendait le salut: c'est de la prochaine chevau~hée de Drunswick, et dans le château des 'l'uileries, peu à peu transformé en forteresse, le roi et la reine attendaient l'apparition de l'étranger libérateur. Dejà )larie-Anloinette se voit sur le seuil du palais, dont les rois et les g6néraux gravissent les marches. C'est le 7 juillet que l'Assemblée adopte définitivement la procédure « de la palrie en danger ». Ce n'est pas seulement un appel aux énergies nationales et aux dévouements révolutionnaires, c'est une organisation de défense : • L·r\ssemblée nationale, considérant que les efforts multipliés des ennemis de l'ordre el la propagation de tous les genres de troubles dans les diverses parties de l'Empire, au moment où la nation, pour le maintien de sa liberté, esl engagée dans une guerre étrangère, peuvent mettre en péril la chose publique, et faire penser que le succès de notre régénération politique est incertain ; « Considérant qu'il est de son devoir d'aller au devanl de cet événement possible el de prévenir, par des dispositions termes, sages et régulières, une confusion aussi nuisible il. la liberlé el aux citoyens que le serait alors le danger lui-même; « Voulant qu'à cette époque la surveillance soit générale, l'exécution plus active, et surtout que le glaive de la loi soit sans cesse présent à ceux •

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==