Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

706 HIS'l'OlnE SOCIALISTE une bonne part, la guerre a été machinée. La Gironde y a condu;t la ~'rance par tant d'artifices, qu'on n'a pas le droit de dire que la guerre était vraiment iné1•itahle. C'est le 20 octobre 1701, à propos du débat rnr les émigrants, que Bl'is,ot 1 arutà la tribune. Avant qu'il eût parlé, il fut salué par les plus vifs applaudissements. Evidemment les initiés savaient quel coup il allait porter, quel horizon « plein d'éclairs» il allait ouvrir; et avant môme que le machiniste ftt jouer le décor, ils exallaie11t le sentiment de l'.usemblée, Il commença pa,· déclarer qu'il serait à la fois injuste. et inulile de frapper la foule ob,cure des émigranls : Ce sont les chef; de l'émigratio11, les fonctionnaires public$, ayantdéserté leur poste; ce sont les princes, les frères du roi qui doirnnt être sommés de rentre,·, et s'ils désobéissent, déchus de leurs titres et droits. Par là Brissot se Oaltc d'arrêter l'émigration, de frapper à la téLe la contre-révolution. Prétention étrange! Car les prince; français, décillés à la guerre à mort contre la Révolution, mépri,aient tous les décrets de déchéance et de confiscation : que leur importaient les décrets des « i-cbelle; »? Et quant à Jeurs Liens, ils les avaient déj;i réalisés en partie, et, vainqueurs, ils les relrournraient sans peine. Brissot s'exalte pourtant, comme sïl y avait là une vue audacieuse et un moyen décisif de salut: • Vous devez vous élever, MessieuC>, à la hauteur de la Révolution. Vous devez faire respecter la Constitution par les rebelles, et surtout par leur; chefs, ou elle tombera par le mépri,. Le néant est là : il attend ou la noblesse ou la Constitution: choisissez. (Vifs applaudissements.) Ce décret va vous juger. Ils vous croient timides, effrayés par l'idée de frapper sur des Ïndi1•idusque la précode11te Assemblée a épargnés. Quïls apprennent enfin que vous avez le secret de votre force ... « Craindriez-vous d'ôtre imprudents en frappant ce coup? C'est la prudence même qui vous l'ordonne. Tous vos maux, toutes les calamités qui désolent la France, l'anarchie que sèment sans cesse des mécontents, la disparition de votre numéraire, la continuité des émigration~. tout part du foyer de rébellion établi dans le Brabant, et dirigé par les princes français. Eteignez ce foyer en poursuivant ceux qui le fomentent, en vous attacha111opinidlrement à eux, à eux seuls, el les calamités disparaîtront . .. Quel enfantillage ou quelle manœuvre de prétendre que toute l'agitation contre-révolutionnaire tient au rassembleme11t de quelques milliers d'émigrés! Quel enfantillage ou quelle manœuvre de prétendre que, pour arrêter toute cette agitation, il suffira de proférer contre les princes, chefs de l'émigration, des menaces que les législateurs ne pouvaient mettre à exécution! Mais, soudain, avouant lui-même la futilité de ces mesures, Brissot mel

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