Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

IIISTOJR.E SOCIALISTE 795 propre mom emenl, cessa il de frapper ses ennemis el se lrapµail elle-même. A1ec de la prudence el de l'esprit de suite, la Législative aurait permis à l'énergie révolutionnaire de se reformer. ~lais la Législative, sans passé, sans prestige, n'avait pas confiance en elle-même : el d'emblée elle crut qu'elle devait crier très fort, prodiguer les flC,tes de menace, pour se faire craindre. Les orateurs, jeunes, brillants, pa,,ionnés, qui abondaient en elle, les G,an<:eneuve, les lsnard, les Guadet, mème Vergniaud, se plai,anl aux émotions oratoires, lui communiquaient une ardeur dé,ordonnée, !lévrcu,e el un peu factice el une so, le de fanatisme superficiel. Entre les motions éblouis,anles des Girondins el les con,eils rie modéralion d(•bile el sournoise des Feuillants, l',\sscmblôc oscillait sans cesse el elle n'a,ait ui la ,uite dans la IUodéralion, ni la suite dans la vigueµr. 'l'ouie l'Assemblée avait je ne sais quoi de superficiel cl d'artificiel. l,;lle ne portail point en elle la Corle, saine et droite pensée du peuple, écarté clu scrutin par la loi des citoyens passifs. El d'autre part, la bourgeoisie dirigeante, lrès déconcertée et divisée au lendemain de Yarennes, ne lui avait donné qu'un mandat trouble el incohérent. Elle était donc comme suspeudue dans le vicie et à la merci des souffles errants, de, motions improvisées ou des intrigues savantes. El la tentation devait venir naturellement aux habiles, à ceux qui se croyaient• des hommes d'Etat» de mépriser uu peu celte Assemblée imprévoyante, et de la conduire par des raisous incomplètes ,ers des buts qu'on ne lui révélait qu'à demi. C'est ainsi que soudain, en une séance, en un discours, llri,sol lit surgir la question de la guerre. Or, c'était en partie, une question factice el qui masquait des desseins inavoué3. Pour nous, aujourd'hui, il n'y a pas de plus troublant problème. Il peul sans doute parallre puéril de reraire l'histoire après coup el de se demander ce qu'il l0l advenu de la Révolution, de la France, de l'Europe, de l'univers, si la France révolutionnaiM avait pu éviter la ,;uerre. Mais d'autre part, r.elle grande aventure de la guerre a l'ait tanl de mal à notre pays el à la liberté, elle a si violemment déchainé, dans la ~'rance de la philosophie el des droits de l'homme, les instincts brutaux, elle a si bien préparé la banqueroute de la Révolution en césarisme, que nous sommes obligés de nous demander avec angoisse : Cette guerre de la ~'rance contre l'l,;urope était-elle vraiment nécessaire? Etait-elle vraiment commandée par les dispositions des puissances étrangères et par l'étal de notre propre pays? Enfin, pour dire toute notre pensée, il nous répugnerait beaucoup de dégrader ou de méconnallre le patriotisme ferve11l, l'enthousiasme sacré c1uise 1uéb à la grande aventure guerrière ; mais si à l'origine même de celte a.venture hécoique nous démêlons une part d'intrigues, de roueries, de mensonges, c'est notre devoir d'avertir les générations nouvelles. le crois pouvoir dire, après avoir bien étudié les documents, que, pour

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