1220 HISTOIRE SOCIALISTE beaucoup plus à écraser les Jacobins qu'à vaincre les Autrichiens. Il rassurait son patriotisme en se disant que l'écrasement des jacobins était la condition absolue de la défaite de l'étranger: mais en cet état d'esprit, il louvoyait, attendait, ajournait. Par des messages répétés, il avait communiqué ses inquiétudes à Lückner. Celui-ci, vieux routier allemand entré au service de la France, parlant mal le français et débrouillant mal les é1•énements et les intrigues qui tous les jours se compliquaient, cherchait avant tout à ne se compromellre en aucun sens. Il croyait à la force, à la popularité de Lafoyette, qui comman·iait, pas loin de lui, l'armée du Centre. Il ne voulait pourtant pas se lier entillrement à lui: et lorsque, avant de quiller son armée pour aller à Pari,, Lafayette envoya · son aide de camp Bureau de Puzy prévenir Lückner, quand il fit exposer à Lückner qu'il n'y avait point de danger à ce que, lui, Lafayettç, lais,ât un moment ses troupes, et quand il essaya de l'associer à sa responsabilité, Lückner se déroba. Il réponclil, par une lettre très calculée et très habile, qu'il ne pouvait juger à distance des conditions militaires dans lesquelles Lafayette laissait son armée. Mais, s'il ne voulait pas s'engager à fond avec Lafayette, il ne voulait pas non plus se lier à la Gironne, entrer dans le jeu des démocrates, des révolutionnaires. Or, marcher vigoureusement contre l'armée autrichienne, tenter de révolutionner le Brabant et d'y proclamer les Droits de l'homme, c'était appliquer toute la politique girondine. C'était encourager, exalter les espérances des révolutionnaires de Paris. Et qu'adviendrait-il de Lückner si, penda11t qu'il jouerait ainsi le jeu de la Révolution, la Cour et les modérés triomphaient à Paris? Il valail mieux allendre, se ménager, el se borner à couvrir la frontière. De là le mouvement de retraite sur Lille, mouvement non pas cle trahison caractérisée, mais de précaulion sournoise el de calcul hésitant. 11 est tr/ls vrai que la Belgique, profondémenl cléricale, ne se levait pas à l'appel de la Révolution comme l'avail annoncé la présomptueuse Gironde. )lais les éléments révolutionnaires y étaient, malgré tout, nombreux. Fersen le reconnait lui-même, el ils n'altendaient qu'une victoire décisive sur l'Autriche pour se manifester, pour s'organiser. En tout cas, si l'armée révolutionnaire de la France ne rencontrait pas d'emlilée auprlls de la population belge l'accueil enthousiaste qu'avait prédit Brissot, elle ne s'y heurlail non plus ni à une résistance marquée, ni même à un mauvais vouloir inquiétant. L'armée autrichienne n'était pas très forle, et Lückner pouvait resler en Bclgiqur. Il pouvait même continuer son mouvement, à la condition de demander d'imporlanls renfocts el de mettre publiquement en jeu la responsabilité de l'Assemblée et des ministres. Il préféra une demi-retraite. Visiblement, c'était l'esprit feuillant qui gouvernait et paralysait l'armée. Les soldats, les officiers dévoués à la Révolution, sentaient bien qu'ils étaient le
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==