1210 HISTOIRE SOCJALISTE La foule, malgré ces virs propos, n'était pas menaçante. Je ne sais quelle sunivance de respect ôtait encore en elle; elle n'avait pas renoncé tout à rait à l'espoir de ramener enfin par la peur le roi ù la Constitution. D'ailleurs, le calme de Louis XVI, le courage tranquille qu·cn celte minute de crise il opposa aux colères qui l'enveloppaient, firent tomber les paroles outrageantes, el ce rut bienlôlcomme une prière puissante, parrois tendre, le plus souvent méfiante cl altière, qui de ce peuple alla ver, lui. Louis XVI, presque acculé dans l'embrasure de la fenêtre, prit des mains d"un garde national un bonnet rouge: il s·en coiffa. li prit aussi des mains d"unc femme une épée Oeurie el il l'agita. li y eut une acclamation formidable: c Vive la Nation 1 •.Celle épée Oeurie, c'était le symbole de la Révolution vaillante el tendre qui, tout en combattant, voulait aimer. Ah! que de Oeurs de tendresse auraient fleuri l'épée royale si elle avait voulu être l'épée de la Révolu lion! liais tout cela était mensonge. On dirait pourtant que le roi, voué à la trahison, s'essayait parfois à une sorte de rôle ropulaire, comme pour se tromper lui-même en trompant les autres. JI mellait le pied, si je puis dire, sur l'autre roule que lui olfrait le destin. Mais non : c·esl dan, le chemin de perdition, d'hypocrisie, de ténèbres et de mort qu'il élaiL irr6vocablement engagé. L'Assemblée apprit avec émoi que le roi était entouré d'un peup1e menaçant. Elle envoya en hâte une députation. lsnard, Yergniaud s·ouvrirent péniblement un chemin à travers la foule. Pélion arriva après eux. li adjura le peuple de défiler tranquillement à travers le château. Les objurgations à Louis X\'! redoublent : « nc1irenez les ministres patriotes, ou vous périrez. » Louis XVI se borne à r·é1,ondrc qu'il sera fidèle à la Constitution; et épui;é de soif eu celle journée ch~ut!e, il lioit à la bouteille que lui tend un grenadier. Peu à peu le peuple s'écoule, avec un dernier grondement de menace. La ,ie <lu roi était sauve; mais une sorte de duel personnel, de duel à mort était engagé enlre la llévolulion et la royauté. La journée du 20 juin avait été incertaine. La guerre extérieure n'était encore que languissamrµent errga0ée. L'armée du Rhin n'avait pas d"ennemi devant clic. L'armée du Centre, qui s'appuyait au camp de Maubeuge avec Lafayette, était à peu près immobile et ne livrait guère que des escarmouches. L'armée du Nord, a\'CC Luckner, pénétrait saus clifflcull6 en Delgique el occupait Ypres et :Uenin. L"élranger n·avait pas encore sérieusement ·commencé la lulte, et c'est à peine si la France avait le sentiment que Ja guerre était déclarée. Ce n·est donc pas la surexcitation du sentiment national qui a soulevé le peuple au 20 juin : c'est l'esprit ré1olutionnaire, et comme il n'était pas aiguillono6 el exaspéré par le péril extérieur, il n'e,t pas allé d'emblée jusqu'au bout, jusqu·au renversement de la royauté. Mais il est visiùle que nous touchons au combat suprême de la llévolulion el du roi. Sur la journée du 20 juin, Robespierre garde, dana le Oé/enscur de /11
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