Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

iZ08 IIIS'l'OlRE SOCIALISTE naire$ en armes fussent admis. Les modérés, comme namond, 5'y opposèrent. Pendant que se prolongeait le débat, le peuple des faubourgs était arrivé près de l'Assemblée. Le mani'ge, où elle siégeait, était situé au point où se croisent aujourd'hui le, rues de Hh•oli et de Castiglione. Il était adossé à la terrasse des Feuillants, et celle-ci communiquait avec le jardin des Tuileries. Santerre, p'1r une lellre au président del' Assemblée, demande pour les pétitionnaires le droit d'entrer et de défiler. La gauche acclame la lettre, la droite murmure. Mais le peuple pénètre de force dans l'enceinte de l'Assemblée, et une pétition, au bas de laquelle se trouve en première ligne le nom de Varlet, un des futurs h6bcrtistes, est lue par l'orateur de la députation. C'était un manifeste violent contre le veto, c·cst-à-dire contre ce qui restait de la royauté: « Faites dol)C exécuter la volonté du peuple qui vous soutient, qui périra pour vous défendre; réunissez-vous, agissez, il est temps ... Les tyrans, vous les connaissez; ne mollissez point devant eux. Tremuleriez-vous, tandis qu'un simple parlement foudroyait souvent la volonté des despotes? Le pouvoir exécutif n'est point d'accord avec vous, nous n'en rnulons d'autres preuves que le renvoi des ministres patriotes. C'est donc ainsi que le bonheur d'une nation dépendra du caprice d'un roi, mais ce roi doit-il avoir d'autre volonté que celle de la loi? Le peuple le veut ainsi, el sa tête vaut bien celle des despotes couronnés ... « :Sous nous plaignons, messieurs, de l'inaction de nos armées ; nous demandons que vous en pénétriez la cause. Si elle dérive du pouvoir exécutif, qu'il soit anéanti. Le sang des patriotes ne doit pas couler pour satisfaire l'orgueil el l'ambition du château des Tuileries ... Législateurs, nous vous demandons la permanence de nos armes jusqu'à ce que la Conslilulion soit exécutée. Celle pétition n'est pas seulement des habitants du faubourg Saint-Antoine, mais de toutes les sections de la capitale el des enl'irons de Paris. • Près de dix mille hommes, portant des armes, de verts rameaux, dansant el chantant, défilèrent devant la tribune de l'Assemblée. Le peuple voulait en finir avec l'intolérable équivoque qui paralysait tout, avec l'universelle trahison du roi el de la Cour, au dedans et au dehors. Son orateur, Gouchon, en une rhétorique souvent prétentieuse el soue, n·avait traduit qu'à demi sa pensée: le peuple allait à la République. Depuis près de trois ans, depuis le 5 el 6 octobre, il n'y avait pas eu contact de la force populaire cl des législateurs. Mais quel progrès d"éducalion politique I Au:11 5 el 6 octobre, il y avait bien des raisons politiques du mouvement. Il s'agissait d'écarter le velo absolu, d'exiger la sanction des Droits de· l'Homme. Mais je ne sais quoi de naïf, d'instinctif el d'élémentaire, un reste des soulèvements d'ancien régime, la passion violente et soudain

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