Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

H94 HISTOIRE SOClALTSTE la réputation de quelques talents militaires, était parvenu à séduire les patriotes el à se faire appeler au minislère par la voix publique. • Le commencement de son ministère a répondu à raLLenle des bons citoyens, mais il n'a pas été difficile de se convaincre que s\ réputation était usurpée, el que son patriotisme n·était qu'hypocrisie. Je n'entrerai point ici dans les détails qui pourraient le prouver, ce sera l'objet de lettres particulières; car il faut imprimer à cet homme le signe qu'il mérite, el qui puisge l'empêcher d'être dangereux pour l'avenir. • Le sieur Dumouriez soulTrail depuis longlPmps avec impatience d'être associé avec MM. Servan, Claviôre el Roland, d'abord parce qu'il ne les dirigeait pas, comme il l'avait e~péré, el ensuite parce qu'ils osaient blâmer son immoralité, la protection quïl accordait à de; hommes corrompus et la versatililé de sa politiquP. Le sieur Dumouriez résolut rte les perdre dans l'e,prit du roi, el il y parvint aisément à l'aide de calomnies. et en les présentant comme des fa~lieux el des républicains qui voulaient loul boulrverser. Il fallait ensuite une occasion pour réaliser les terreurs du prince. Le décret du camp de vingt mille hommes la lui rournil: le sieur Dumouriez s'oleva contre ce projet; il fil entendre que ce plan devait favoriser le projet des factieux. « Nous ferons observer ici que c'est le sieur Dumouriez lui-même qui, il y a plus de àeux mois, et depuis o·a cessé de répéter qu'il fallail un pareil camp pour sauver Paris, dans le cas où les Autrichiens pénétreraient, el qu'il ne demandait pas mieux que de le commander. Entrainé par lui, le roi a fait redemander le portefeuille à ~!. Servan. • C'est d'un Lon bien languissant et bien terne, et aux récriminations gênées contre Dumouriez se mêle un vague 1,laidoycr pour le roi, qui semble avoir ét6 égaré par les artifices du· ministère des alîaires étrangères. Etait-ce l'elîel de sa participation au pouvoir ministériel, ou l'humiliation du rôle de dupe qu'elle avait joué avec Dumouriez, ou la peur d'un mouvement populaire qu'elle ne dirigerait point? La Gironde, sous le coup de l'affront royal, parait sans ressort. llobespierre triomphait cruellement de l'incident Dumou· riez: • Il y a huit jours, à peine était-il permis de parler sans éloges dt1 ministre Dumouriez, ce n'était qu'après lui qu·on nommait les deux hommes qu'on l'accuse d'avoir fait renvoyer; el lorsque je réclamais moi-même contre le système de flagornerie, qui semblait prés de s'introduire ici, n'étais-je pas hautement improuvé par ces mêmes hommes qui veulenldétruire laConslilution même, pour se venger de lui? Je ne veux ni le défendre, ni l'excuser, ni tout renverser pour la cause de ses concurrents. • La patrie seule mérite l'attention des citoyens. Croit-on que nous nous abaisserons au point de faire la guerre pour le choix des ministres? EL sous quels étendards? Sous les étendards de ceux qui ont loué Narbonne avec plus d'énergie encore que Clavière et ses deux collègues; qui l'ont dispensé de rendre compte, qui le défendent encore à l'envi quand toute la France l'accuse.

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