Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1192 HISTOIRE SOCIALlSTK refuser tolites les occasions d'action révolutionnaire. Ainsi Robespierre et ses amis disaient : inaction, atte11te, prudence. La Gironùe aussi était lrès gênée. Comment prendre sa revanche? Elle ne le pouvait qu'en soulevant la rue, el elle craignait que le maniement des force, populaires lui échappât. De plus, l'altitude de Dumouriez, qu'elle avait tant eiallé, el qui soudain semblait trahir les patriotes, la mettait dans une situation terriblement fausse. Dumouriez, en clîel, bien loin de se solidariser avec les ministres renvoyé,, essaya de garder sans eux le pouvoir el de couvrir le roi. Quel était son plan? Avail-il voulu, comme le prétendaient le journal de Prudhomme el Brissot lui-môme, se débarrasser de ses collègues pour exercer, avec des hommes de moindre influence, un pouvoir ministériel plus étendu? Mais ce n'est pas Dumouriez qui avait suggéré à Roland l'idée de la lellre cxplosi1•equi fil tout sauter. El il n'était point assez malavisé, à peine arrivé par la Gironde, pour se brouiller de parti-pris avec elle. Sur quelles forces, sur c1uelsappuis aurait-il compté? li eH probable qu'il se Jlalla qu'il obtiendrait de Louis XVI, par des moyens courtois el une agréable diplomatie, ce que la brutalité calculée de Roland n'avait pu obtenir. Témoigner à Louis XVI une extrôme déférence, lui faire sa cour en se séparant précisément des bulor;; qui l'avaient blessé, mais lui représenter que devant le soulèvement universel il élail indispensable qu'il sanctionnât les décrets contre les prêtres el sur le camp, voilà sans ùoule hi dessein de Dumouriez. El quel double triomphe pour lui, auprès du roi el de la Rél'olulion, si d'une part il permettait à Louis XVI de gouverner sans des ministres qui l'avaient olfensé, el si, d'autre part, il apportait à l'Assemblée la sanction des décrets ·1Voilà sans doute le calcul secret de cet habile homme, el j'imagine qu'il n'était point f:lcho outre mesure des murmures qui l'accueillirent d'abord, dès le 13 juin, à l'Assemblée, el des indignations qui éclataient contre lui. Cela lui co11sliluait une sorte de litre auprès du roi et lui permettait d'agir plus efficacement sur lui. Ces calculs furent trompés : Dumouriez s'aperçut vile qu'il ne pourrait arracher ou surprendre la sanction du roi. Dès lors il s'exposait sans profil et el sans moyens de défense à toutes les colères de la Révolution. Aprè;' avoir pendant trois jours occupé le ministère de la guerre, après avoir tenté inutilement de jouer son jeu subtil et hardi, il se démit cl demanda la permission d'aller aux frontières. Mais pendant quelques jours la Gironde, qui avait pour ainsi dire répo1Jdu de Dumouriez, fut dans un en,barras cruel, elle n'avait ni autorité, ni élan. Elle essaya ùc se sau, cr en ouvrant brusquement l'allaque contre Dumouriez. Brissot écrit, le mer~recli 13 juin, dr.ns le Pattiote français: • Il est douloureux pour un homme <Jui a quelque délicatesse, pour un patriote qui sent combien l'union est nécessaire à la prospérité de nos armes,

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