Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

IllSTO lllE SO GIA.LIST 1s ii9l coup de prétend«< pall'iotes, parut ,·emplacer l'amour de la patrie, et cette société même se divisa en deux portions: les partisans des ministres el ceuz de la Constitution. Les sociétés patriotiques sont perdues dès qu'une fois elle, deviennmt une ,·essource pour l'ambition et pour l'intrigue. Les amis de la liberté et les représentants d" peuple ne peuvent faibli,• en s·appuyrmt sur les principes éternels de la justice; mais il; se trompmt aisiment lonqu'ils se reposent de la destinée de lrt nation sur des ministres pa<sogcrs. Rappelezvous qu'il y a pl11sirurs mois, je profr.,sais ici celte doctrine, et prédisais tous ces maux lorsque certain< dép11tà laissaient d1;ià tran,pirer le projet a élever leurs créatures au ministère. " D'ailleurs, lorsqu'o•t veut mettre le peuple frauçais en mouvement, il faut lui présenter, ce me semble, des motifs diq11esde lui. Quels sont les ,:ûtl'es?Suut-ce des attentais directs contre la liberté? Que l'Assemblée natiunalr les dé11onceà la nation entière; d,noncez-les vous-mêmes à l',bsemb/1-e ,wtiuHale. Il est digne d'une qrande nation de se lever pour défendre sa pl'opre cause, mais il n'y a qu'un peu11leesclave qui puisse s'agitPI' pour la querelle de quelques individus et pour l'intt'r,Jt d'un parti. il importe essentiellement à la liberlé elle-même que des 1·eprésenta11tdsu pe11plene p11issent être so11pçonnésde vouloir boulererser l'Etat pour des motifs aussi lwnte11x. Lr renvoi des trois ministres suppose-t-il des proiets funestes? Il faut les dévoila; il faut l,s juqer avec une sévère impal'tialité; tel est le devoir des représentants du peuple. Leur del'oir est-il de nous enflammer tantôt pour ,11. D11mouriez,tantôt pour .Il. Narbonne, pour .lt. Clavière, pour .Il. Rolland, pour M. Servan, tantdt pour, tan//Jt contre les ministres, et d'allacl,er le sort de la Révolution à IPltr disgrâce ou à leur fortune? Je ne connais que les principes et l'intérêt public; je 11eveux comwilr~ aucun minist,·e; je ne me livre point sur parole à l'enthousiasme ou à/,, fureur, SUl'toutsur la parole de ceux qui se sont déjà tromp(,s plus d'uw, fois; qui dans l'espace de huit jours, se contredisent d'zme manière si frappante sur les mêmes objets et sur les 1nèmrs hornmes. » C'était d'une perfidie incomparable. Robespierre oubliait que l'avénement ministériel de la Gironde avait, pour la première fois, mis sérieusement en • question et en péril le veto du roi, c'est-à-dire h force suprême de la contrerévolution. li oubliait qu'à ce moment il ne s'agissait point de la querelle de quelques ministres et de l'intérêt de quel11ues hommes, mais des raisons politiques qui avaient déterminé leur renvoi. C'est parce qu'ils avaient voulu donner réalité et vie aux décrets de l'Assemblée contre les prêtres factieux, c'est parce qu'ils avaient voulu obtenir le rassemblement d'une force révoluüonnaire, c'est parce qu'ils avaient averti le roi, presque avec menaces, qu'il devait concourir loyalement aux volontés du Corps législatif, qu'ils étaient congédiés. Là était la véritable bataille, et l'ajourner sous préte.tle que le nom ou même l'inlrigue de quelques hommes pouvaient y être mêlés, c'était

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