Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1171 IIISTOlHE SOCIALISTE renuncent pns à la li',UC quïls onl rorm,,e contre lui. Je périrai, s'il le faut, pour tléfendrr ,a cause; lui seul nura mestlerniers vœux; lai seul les mérite; ses lumière; cl son courage l'ontliré de l'abjeclio11 et du néant; ses lumières et son cour.ii.:e le renclronl éternel. • Quelle puissance et quelle habileté politique I Avec quel soin Danton essaie de ralli,•r à lui la classe moyenne, de désarmer les rancunes de la bourgeoisie modo!réc, amie de Lafayette, que si souvent il avait attaqué! Et comme en m~me temps il ré,en·e la liberté de mouvement du peuple I Il !lit a,·ec tant de force que si une Rél'olution nouvelle éclate, cc ne seru pas pour réali:ser de parti pris• une théorie abstraite de la liberté», c'est-à-dire la Hépublique, mais pour répondre à la perfidie du pou,•oir, que la bour.;coisie timide est ainsi induite à accepter l'éventualité d'un mouvement populaire comme une irrésistible néce;sité. Danton est sincère quand il dit quïl ne veut pns, par esprit de système, renverser la Constitution. Il est sincère quand il proclame que, si clic veut, la roiaulé constitulionuelle peut durer des siècles; el peul-être, arnnl de se jeter dans le, orages cl les risques d'une Révolution nouvelle rèscrvait•il, en sa conscience et en sa pensée, celle ,upr~111cchance. liais il n·endort pas son esprit en celte hypothèse : il reste él'eillo pour les lutlcs probables, il avertil seulement les timides qu'en lui la force de la raison réglera toujours la véhémence de la passion. Le journal de Pn,dlwmme s'étonne el se scandalise un peu de celte façon de parler de soi-même; et il y avait, en effet, chez Danton, un pcu,de fanfaronnade cl de vanlardi:,e, un besoin ùe triom,,her de sa force. Mais chtz lui, aussi, celte vanterie était calcul. En celle pério le inccrt~ine el hésitante de 1702 il sentait que pour rallier les volontés éparses et les événements confu, il fallait une grande alfirmalion, et même une ostentation d'énergie et de puissance. Sous sa forme correcle el modérée, ce discours de fél'rier élait un manifeste de Révolution. Danton signifiait aux foules: Me voici. li é,·ita, en mars, avril, mai, de s'engager à fond el dd se compromettre dans la qnerclle entre les Girondins et Robespierre. Il déclara un jour aux Jacobins qu'al'anl d'entreprendre la guerre au dehors, il.fallait vaincre les ennemis du dedans. Mais il rie mena pas contre la guemi la campagne systématique de Rohcs;>icrre. li évita d'attaquer les Girondins, mais leur âpreté calomnieuse contre Robe,- pierrc le rebutait, el il s'écria un Jour, avec colère, qu'il fallait en finir a,ec ce système d'outrages et d'insinuations contre les meilleur, seniteur:1 de la patrie. Evidemment, il a1ailjugé la Gironde: il la savail inconsistante el vaniteuse. Il prc·~sentail que, par lui, Danton, aboutiraienlles é,·énemenls engagés par elle. El il ne voulait se lai,ser prendre au piège d·aucune coterie. Il réservait sa force lilJre et entière pour les grands mouvements qu'il prôvnyail :

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==