Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1158 HlSTOrnE SOCIALISTE pendant la Révolution, pour constater le zèle extrême de la bourgeoisie parisienne. En quelques jours, les bataillons don, on .i conservé les registres (il en manque quatorze, c'est-à-dire le quart) reçoivent 4.535 inscriptions. Des hommes de tous les états, de toutes les professions, de tous les âges, souvent des hommes mariés et chefs de famille, parfois le père avec le fils, des rentiers, des bourgeois, des marchands moyens et petits, de modestes industriels, des artisans, tous convaincus que la patrie n'aurait à leur demander qu'une campagne de quelques mois et qu'ils pourraient retrouver leur atelier, leur comptoir, leur établi, al'ant que leur clientèle fô.t dispersée ou que leurs aQ:aires fussent à la dérive, mais prêts à donner leur vie pou~ sauver la France libre, couvrirent ces premiers registres d'héroisme et de liberté de leurs noms obscurs sur lesquels l'histoire attentive et minutieuse projelle aujourd'hui un mélancolique rayon de gloire qui ne restitue pas pour nous les traits de toutes ces existences dès longtemps e!Tacôes. C'est comme un défilé, comme « une rerne • de toutes les conditions : ancien lieutenant de la marine marchande, étudiant en droit, chirurgien de la compagnie soldée, architecte, élève en chirurgie, cordonnier (patron cordonnier), aide de cuisine, cotonnier, gagne-denier, compagnon chapelier, cordier, ancien caporal au régiment de Vivarais, carrier, tambour des chasseur,, menuisier, encore gagnedenier, tailleur (16 ans), cordonnier, CO'rdonnier,cordonnier, menuisier, tailfandier, chapelier, cordier, taillandier, gagne-denier, perruquier, perruquier, fondeur en caractères, ci-devant employé aux fermes (16 ans), carrier, papeLier, déchargeur de vins, ~errurier, jardinier-fleuriste, carreleur, gazier, parfumeur, commis de négociant, manouvrier, scieur de pierres, cuisinier, postillon, maçon, tabletier tourneur, épinglier, chaudronnier, cloutier, boulanger, fabricant de bas, encore élève en chirurgie, tisserand, épicier. Je m'arrête; visiblement ce sont surtout les.artisans, les modestes patrons et industriels, les petits chefs d'atelier qui se jellent au p6ril: heures héroïques de la petite bourgeoisie et de l'artisanerie parisienne! :'dais que signifient ces pauvres • gagne-deniers » ou ces pauvres • compagnons • ainsi inscrits sur les lisles? Etaient-il, donc ctè la garde nationale et avaient-ils eu assez de ressources pour s'équiper? Pas le moins du monde. Mais des notes des registres nous apprennent que les chefs de bataillon avaient été débordés. De toutes parts, des prolétaires leur demandaient à êlre inscrits, à aller aux frontières; ils n'avaient pas cru pouvoir les refuser tous, et il les avaient inscrits dans l,a mesure où les dons volontaires des bourgeois aisés permettaient de les équiper. C'est ainsi que le commandant du 1" bataillon, Leclerc, avertit que « tons cèux qui sont indiqués comme hors d'éoot de s'habiller demandent à contracter l'engagement comme auxiliaires: la plupart sort des travaux de charité •· Souvent, les demandes, . bérolquement irrégulières, des prolétaires

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