Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1148 IIIS'J'OlllE SOCIALlSTC: ment populaire beaucoup plus étendu el beaucoup plus éleyé que celui que prévoyait le , apport de Talleyrand. · Dans le projet de celui-ci il n'y avait qu'un degré d'enseignement populaire, el il était très humble. C'est à peine si on doit y apprendre à lire, à écrire, à compter un peu, el l'enfant ne doit y séjourner que deux années : il y entrera entre six et sept ans; il en sortira entre huit el neuf ans. De tous ces enfants sortant à huit ou neuf ans de récole primaire, quelques-uns à peine se clirigeront ,•ers les écoles du district qui leur font suite el gui sont en réalité des écoles d'enseignement secondaire, comprenant l'étude des langues anciennes et où la bourgeoisie seule accédera. Talleyrand le dit expressément. • Au clelà des premières écoles seront établies, dans chaque district, des écoles moyennes ouvertes à tout le monde, mais destinées néanmoins, var la nature des choses, à un pelil nombre seulement d'entre les élèves des écoles v,·imafres. « On sait, en efTet, qu'au sortir de la vremière instruction, qui esl la portion commzme di, vatrimoine que la Société répartit à tous, le g,·and nomb,·e, entrainé var la loi du besoin, doit p,·endre sa direction vers un étal promptement p1'imili(; que ceux qui sont appelés par la nalw·e à des professions mécaniques s'empresseront (sauf quelques exceplious) à retourner dans la maison vatemelle ou A SE ron111E11 DANS LES ATELIERS; et que ce serait une véritable folie, une bienfaisance cruelle, de vouloir faire parcourir à tous les divers degrés d'une instruction inutile et par conséquent nuisible au plus grand nombre. • Ainsi, dans le plan de la Constituante, quand les enfants, de six à huit ans auront appri~ à lire el à écrire, la Société ne s·occupera plus d'eux: elle leur a mis en main un instrument d'éducation bien élémentaire el bien débile, gui bientôt sans doute s'usera ou se brisera avant d'avoir pu servir. Elle ne_croit pas possible d'aller au delà, et de retarder da1•antage le moment impatiemment attendu où la famille paysanne pourra disposer de l'enlaft pour le service de la ferme, et où la famille ouvrière pourra, soit dans les petits ateliers domestiques, soit dans les manufactures, plier l'enfant au travail industriel. Le plan de Talleyrand, en même temps qu'il nous r~vèle les faibles ambitions de la Constituante pour l'enstignement du peuple, nous apprend que déjà l'imp~lience de la production indu~trielle et l'égoïsme avide des pères et des mères guettaient l'enfant dès sa huitième année et le réclamaient sans doute impérieusement. Le Comité de la Législative, représenté par Condorcet, a plus d'ambition pour l'enfance pauvre, et particulièrement pour l'enfance ouvrière. Le projet de Condorcet prévoit dans l'enseignement populaire deux degrés : il y a d'abord une école primaire, el qu'il appelle de ce nom·; il y a ensuite, sous le

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