Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1122 HISTOIRE SOCIALISTE huit ans au sortir de l'école primaire, enseigneront les langues (latine, grecque, française et langues vi1•antcs),les mathématiques, la physique-,l'histoire naturelle. Je n'entre pas dans le programme des écoles spéciales ni dans ce!ui de l'Institut qui, à vrai dire, n'a d'autres limites que celles de l'esprit humain. Ce plan, proposé par Talleyrand, correspond sensiblement à ce qu'a été pendant une grande partie du xrx• siècle l'organisation de l'enseignement public: des écoles élémentaires dans les communes; au chef-lieu de district (ou d'arrondissement), un lycée ou collège donnant l'enseignement secondaire; puis, en quelques villes, des écoles spéciales (Ecoles ou Facultés) pour le droit, la médecine, la théologie, etc... , et enfin au sommet, à Paris, « l'Inslitut universel » dédoublé en Institut proprement dit et en Ecole normale supérieure. Il n'y a que les écoles spéciales de science et de littérature, ce que nous appelons encore la Facullé des leltres el la Faculté des sciences, qui fait défaut: l'enseignement supérieur est réduit, en province, aux écoles spéciales professionnelles; à vrai dire, il n'existe qu'à Paris dans l'Institut universel. Mais,en somme, c'est bien la conception de la Constituante· qui, a1•ecd'assez légères retouches, passera dans les faits. Quels étaient dans le plan de Talleyrand et de la Constituante, les rapports de l'enseigoement et des pouvoirs publics t De quels principes s'inspirait-il? Sur quelle doctrine s'appuyait-il? Pour les maitres des écoles primaires et secondaires, des concours étaient ouverts au chef-lieu du département; et ceux qui étaient déclarés • éligibles • formaient pour toute la Fraoce une liste unique. C'est sur celle liste que les directoires des départements, qui eux-mômes étaient, comme on l'.i vu, élus par les citoyens.actifs, choisissaient les maitres. Ainsi, dans l'enseignement aussi, c'est sous la forme de l'élection que devait s'exercer la souveraineté nationale, Et de même que, dans la Conslitulion civiÎe du clergé, la Constituante avait essayé un compromis entre la force traditionnelle de l'Eglise et la souveraineté de la nalion, de même, dans le plan de Talleyrand, c'est un compromis entre l'éducation chrétienne et la pure raison qui règle l'enseignement. Dans les écoles primaires et dans les écoles secondaires, on devra enseigner • les principes de la religion•· Mais si la religion est acceptée à l'école, elle n'y entre pas en maitresse: ce n'est pas elle qui fournit les règles de la vie; et même, il semble que ce soit pour la surveiller autant que pour lui faire une part que la Révolution l'accueille. Parlant • des éléments de la religion •• qui seront enseignés à l'école primaire, Talleyrand dit: « Car si c'est un malheur de l'ignorer, c'en est un plus grand peut-~tre de la mal connaitre». Il veut évidemment que la Révolution mette sa marque jusque sur l'enseignement du cathécbisme. Et on sent d'ailleurs que, pour Talleyraud el

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