Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1114 HISTOII\E SOCIALISTE !nf~rieurau salaire de l'industrie privée; ledroil au travail esl ainsi ravalé au droit à la subsistance. • El qu'on ne nous objecte pas que payer au pauvr e un moindre prix de son travail que le prix ordinaire c'est èlre injuste en vers lui, que c'est loucher à sa propriété, celte objection serait trop facile à résoudre; car sans compter qu'il ne saurait y avoir pour le pauvre un étal de c hoses plus avantageux que celui qui garantit sa subsi,lance et lui laisse la liber té d'accepter ou de refuser le travail qui lui esl olîert par l'assistance publiqu e, lorsqu'il lui est refusé partout ailleurs; n'avon;-nous pas posé en principe que le pauHe non 1alide élail secouru parce qu'il avait donné ou promettai t le travail? et dès lors, qu rnd la société foumil le travail au valide, la di lîtirence du salaire qu'elle lui olîre est moins une retenue qu'une épargne qu ·e11e lui ménage pour un Lempsplus ulile, ou même le rcmlloursemenl d'une partie de J"avance qu'elie a déjà eu l'occasion de lui faire, lorsqu'il n'était 1,as encore susceptible de travail. » Le Comilé de la Législative ne parait pas soupçonner les terribles répercussions économiques ciu'aurail sur le Lau~général des salaires dans l'industrie privée celle organisation de travaux publics à salaire réduit. El quelle ôlrange façon de convertir le contrat social, le con trat de mutuelle garantie, où l'existence est assurée aux uns comme la pro priété aux autres, en une sorte de bilan arithmétique où les pauvres valide s doivent faire seuls, par une réduction sur leurs salaires, les frais des sec ours donnés aux pauvres invalides? C'est en réalité la rupture m~me du con trat puisque ce n'est plus l'Etat qui pourvoit à l'existence des pauvres, ma is que ce sont les pauvres eux-mêmes. C'est la destruction du deuxième a xiome promulgué par le Comité que " L'ASSISTANCE DU PAUVRE EST UNS CDARGE i:iATIONALE•• ~lalgré tout, malgré ces défaillances d'application el ces petitesses de pen,ée, c'est une grande nournaulé humaine d'avoir proclamé le droit de tout homme à l'existence, à la subsistance. Ce n'est pas un acte de charité, ce n·es t pas une précaution sociale et une prime d'assurance con trn la violence des affame,; ce n'est pas l'accomplissement pieux d'une volonlô surnaturelle . C'est l'arlirmalion d'un droit, et à mesure que grandira la pui ssance politique des prolôlaires, ils approfondiront et élargiront le sens du d roit à l'existence. Plus fermes el plus vastes étaient, dès 1792, les I ues du grand Condorcet. Je les commenterai seulement quand nous les retrouverons, directemenl e,posées, dans le livre immortel sur les progrès de l'esprit humain, el quand la lulle lrdgique de la Gironde el de la Montagne portera au plus haul poi11l d'intensité toutes les conceptions révolutionnaires. Mais je note dès aujourd'hui que Condorcet était si préoccupé du problème social, de la suppression de la misère, qu'il glissait ses vues sur ce grand suj et en toute queslloo. C'esl ainsi que le 12 mars 170-2, il liait la question économique et sociale à la que. Uon des assignats dans le lumineux eiposé financie r !ait par lui à la Légiola-

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