Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

1112 HISTOIRE SOCIALISTE l'arfirmatinn ùe la force élémentaire de la vie et de l'u niverselinstincl de conservation. Peul-être y a-L-il quelque chose de faclicc cl comme une cont refaçon juridique du fail social à dériver d·un conlral Je droit de l'homme en société . Car m,'me si les faibles se livraient à la société sans condition, même s'ils ct,ienl pr,1ts, par je ne sais quel prodige de passivité, à touL accepter, l'extr~mc mi:-ère, la faim, la mort mômÔ, plutôt que d e se soustraire au lien social, le droit de l'homme subsisterait en eux et, même renié par les victimes, il protesterail l'ncore contre l'iniquité. ~lais les légistes révolulionoaires, nourris d'ailleu rs de Rousseau, donnaient volonliers au ùroil humain la forme contractuelle. Ou plutôt, après a10ir affirmé le droil de l'homme antérieur et su périeur à la société, il, développaient une noU\elle sphère de droits, ceux qui, dans la société même, nai,senL d'un contrat, el ce droil social contractu el a pour premier arlicle: 1~ùroiL de tous à la subsistance. A vrai dire, l'intérêt substantiel esL de savoir quelles sont, à un moment déterminé, les conditions irréductibles faites par les hommes dans ce contrat supposé. El il est bien clair que les exigences des indi,iclus les plus faibles grandissent à mesure que grandit leur force. Le contenu même du contrat est donc nécessairement variable, le contrat entre les dher,es classes sociales ou, pour employer le langage du xvm• siècle, Je contrat entre les indi\•iùus et l'Etat, est soumis à perpétuelle rcvision à mesure que se modifient les rapports entre les classes ~ociales ou entre les individus, el celle rcvision du contrat, implicite comme le contrat lui-même, doit aboutir de période en période à des r61•olutions capitales ou de~ forme, Juridique.; noul'elles expriment des rapports de forces nouveaux. Ainsi pouvons11ous adapter même au mouvement socialiste cl aux revendications prolétariennes la théorie légiste et bourgeoise du contrat social. Dès la première application du contrat social au problème de la misère, en ii0~, il y a incertitude et 0ottement. Car lanlôl le rapport eur parle de "l'existence• du paul're, et lant0L desa «subsistanc e». Or, Je droit à« rexistrnce • est tout autre chose que le droit à la •subsistance». Le droilà l'existcuce, à la vie. implique la saul'egarde el le dévelop1iement de toutes les facultés, de toutes les forces qui sont dans un ind il idu. Le droit à la sub,islance implique seulement l'exercice des fonctions de nutrition. Cela e,l beauc,,,:p quand on songe aux temps où les foules s e ré,ignaienl à mourir de ra;m el oi1l'Etat considérait comme de son droit ùe les laisser, en elTel,mourir de faim Mais cela est mis,··rablc en regard du plei n idéal humain et du plein sens de la vie. Le Comité proclame : • C'est un axiome que tout humme 11'a droit qu'à sa subsistance. » El cela csL impos,ihle à défendre : tout homme a droit à toute la part d'humanité, c'est-à-dire d'action el de Joie qu'il peul développer en lui. Ce pré\endu axiome ne signiOe qu·une chose, c'est qu'en 1702, labourgeoisie possédante ne se croyait tenue en elT~t e nvera les pauvres qu'à la

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