Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE 11H l'individu laborieux qui parvint hientOt à joindre à sa part de partage celle de son voisin inactif et imprévoyant. Bientôl encore, de nouvelles combinaisons venant à s'établir, le faible se mil sous la protection de l'homme puis• sant, ou plutôt tendit la main aux fers qui lui furent présentés par le fort. Enfin mille causes secondaires, qu'il e~t inutile d'énumérer, se joignirent aux premières pour en augmenter l'effet; et le genre humain, par succe,sion de temps offrit tous les degrés de la misère et de ]"opulence. • Je ne discute pas, bien entendu, ce système si arbitraire et si vague de révolution humaine, j'en retiens seulement que pour le législateur, lïnéga. lité des conditions est le résullal fatal, iné1ilable du dé1eloppement humain. • C'est donc, dit le rapporteur, une conséquence immédiate du principe de la civilisation que l'inégalité des fortunes et des moyens de subsistance; quand.pour ramener tout à l"égalité, il se pourrait qu'on en 1lnl à rapporter à une masse commune runiversalilé des propriétés pour en allribuer une portion semblable à chacun des membres de la réassociation, il est évident qu'un tel étal de choses ne pourrait subsister, et que les mèmes causes tendant sans cesse à reproduire les mêmes effets, on se retrouverait bientôt au point a·où l'on serait parti. • Mais s'il demenre démontré que cette inégalité tient au principe même de la cilili,ation, si l'existence de la richesse et de la pauvreté extrêmes et de tous les intermédiaires possibles entre ces deux états en est la suite déplorable et nécessaire, il n'est pas moins rigoureusement prouvé qu'en exécution et en vertu de la convention primitive par laquelle chaque membre de la grande famille est lié à l'Etat, et l'Etat à chacun de ses membres, tepremier doit à tous s1îretéet protection, et que la p,-opriélé du riche et l'existence du paut·re, qui est sa propriété, doivent être également placées sous lasauvegarde de la foi publique. •Delà, Messieurs, cet axiome qui manque à la Déclaration des Droits de l'homme, cet axiome digne <i'èlreplacé en lèlf du Code de l'humanité que vous allez décréter: TOUT DOMME A DROIT A s., St:BSISTANCE PAR LE TRAVAIL s'u EST VALIDE, PAR DES SECOURSGRATUITSS0 IL EST DORS 0°ÊTAT DE TRAVAILLER. » Ici encore, je ne puis m'arrêter à discuter la conception sociale assez m~- diocre et incertaine du Comité de secours. Que vaut la fiction d·un contrat conclu entre l'Etat et les particuliers? Je ne Je rechercherai point. Il est bien évident qu·entre tous les hommes vivant en société il y a un contrat tacite qui peul se formuler ainsi : • Nous ne consentons à vivre avec les autres hommes et à supporter les lois sociales qu'à la condition que la vie ne nous mit pas reodue intolérable, el que nous n'ayons pas plus dïntérêt à briser le lien social, au prix de tous 1• ~rlls, qu'à le respecter. • Au rond, ce contrat prétendu, ou si l'on veut, ce contrat implicite, n'esl que

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