Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

. 106 HISTOII\E SOCIALISTE !\lais , oici que sous couleur de défendre les démocrates contre les calomnies de la rontre-révolulion, il attaque violemment • la loi agraire •· « Que !"univers, s'écrie+il, juge entre nous el nos ennemis, qu'il juge ~ntre l'humanité et ses oppresseurs. Tantôt i!s feignent de croire que nous n'agitons que ·èes questions abstraites, que de vains systèmes politiques, comme si les premiers principes de la morale, et les plus chers intérêts des peu1,les n"étaient que des chimères absurdes et de frivoles sujets de dispute; •antôl ils veulent persuader que la liberté est le bouleversement de la société entière; ne les a-t-on pas vus, dès le commmcement de cette Révolution, chercher à effrayer tous les ,·icltes par l'idée d"une loi aqraire, absurde épout"a1ttail7,résentéà des hommes stupides par des hommes pe1·vers?Plus l'expérience a d<'menticette extravaqante imposture, plus ils se sont obstinés à la reproduire, comme si les défenseurs de la liberté étaient des insensés capables de concevoir un projet éqalemenl danqereux, injuste et impraticable; comme sils iqnoraient que l'égalité des bien< est essentiellement impossible dans la snciélé civile, qu'elle suppose nécessairemP11tla communauté qui est encor~ plus visiblement chimérique parmi 11011.s; comme s'il était un seul homme doué de quelque industrie dont Ci11térêtpersonnel ne ft1t pas compromis par ce projet e:rtrawgant. Nous \'OUlons J"égalité des droits parce que sans elle, il n'est ni liberté ni bonheur soda!; quant à la fortune, dès qu'une (ois la société a {empli l'obligation d'assurer à ses membres le nécessaire et la subsistance par le travail, ce ne sont pas les amis de la liber,é gui la désirent: Aristide n·aurait point envié les trésors de Crassus. li est pour les âmes pures ou élevées des biens plus p1·écieux que ceux-là. Les ricliessrs qui conduisent à tant de corruption sont plus nuisibles à ceux qr,i les possèdent qu'à ceux qui en sont privés. • Ainsi, les pauvres étant les vrais pri 1•ilégiés,le problème social est singulièrement allégé. Lequinio, qui était un sot assez bien intentionné, soutient à la mê.me date la même thèse« d'égalité morale», mais à sa manière, emphatique et prudhommesque. • Je ne connais plus ni bourgeois ni peuple dans le sens ancien, el je ne me servirai pas de ces expressions qui m'ont choqué dans une lettre célèbre (celle de Pétion à Buzot); mais je connais des classes opulentes el des classes manœuvrières et pauvres et je vois et j"atteste que les trois quarts iles hommes opulents ont encore toule rarislocratie qu'avait autrefoji; la noblesse •.. Eo vain m"objeclerail-on gue l'intérêt maintiendra tooiours les pauvres dllJls une excessive inégalité morale et dans toœ; les v!ces de la bassesse el de l'adulation envers les riches; cela ne sera point, sitôt que les vrais principes seront répandus 1,arlout sous l'égide de la liberté; car, dès lors, les pauvres sauront que les 1·iches n"ont rien au-dessus d'eux que de grands besoins; ils sauront que plus un homme a de fortune et plus il e>l tourmenté par mille désirs frivoles et mille fantaisies auxquelles il ne peut se refuser sans être malheureux, et qui le rendent malheureux encore a;irès, par

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